Meurtre : Périgord noir pour la comtesse hongroise

Publié le par Jean-Marc Ducos

Meurtre : Périgord noir pour la comtesse hongroise

Issue de la grande noblesse hongroise, Ildiko Peers de Nieuwburgh, une septuagénaire disparue depuis plus d'un an, a été tuée par un ancien employé.

Périgueux (Dordogne), le 30 juin 2013. Ildiko Peers de Nieuwburgh, 77 ans, ici avec Karl-Peter de Habsbourg, avait offert à la cathédrale Saint-Front une relique de Charles IerPHOTOPQR/« Sud-Ouest »/Jean-Christophe Sounalet

Périgueux (Dordogne), le 30 juin 2013. Ildiko Peers de Nieuwburgh, 77 ans, ici avec Karl-Peter de Habsbourg, avait offert à la cathédrale Saint-Front une relique de Charles IerPHOTOPQR/« Sud-Ouest »/Jean-Christophe Sounalet

Elle avait disparu subitement à la mi-février 2016 de sa belle maison en pierre jaune de Mauzac-et-Grand-Castang (Dordogne). Comtesse hongroise proche de la famille impériale des Habsbourg, Ildiko Peers de Nieuwburgh, 77 ans, s'était comme volatilisée.

Celle qui avait fait du Périgord son port d'attache n'était pas non plus réapparue en Belgique où elle avait été mariée à un aristocrate avant de divorcer, mais où elle avait conservé des attaches familiales.

L'enquête de la section de recherches de la gendarmerie de Bordeaux (Gironde) ouverte pour disparition inquiétante a finalement permis de percer le mystère cette semaine.

Son corps retrouvé enterré en forêt

Le corps de la comtesse a été retrouvé dans la nuit de jeudi à vendredi enterré en forêt et enveloppé dans une bâche. C'est le suspect du meurtre, interpellé quelques heures plus tôt, qui a conduit les enquêteurs sur place. L'homme en question est un ancien employé de l'aristocrate hongroise qui a été confondu par de nombreux éléments techniques et biologiques accumulés par les gendarmes. Dans ses auditions, il aurait reconnu les faits, invoquant une dispute qui aurait mal tourné. Mais le mobile reste encore flou. Le parquet de Périgueux, en charge de l'affaire, n'a pas souhaité communiquer sur ce dossier.

C'est la femme de ménage qui avait donné l'alerte mi- février 2016. Inquiète de ne plus avoir de nouvelles de sa patronne, qui, pour une fois, avait laissé sa maison fermée à clé. Sa voiture, une Peugeot 206, était toujours garée devant la demeure.
 
Elle disait qu'elle était née « au mauvais moment au mauvais endroit »

La comtesse était une femme connue dans les environs. Elle appréciait beaucoup la gastronomie locale et était une cliente régulière des restaurants des environs de Lalinde (Dordogne). « Elle venait de temps en temps. Elle prenait souvent l'apéritif au coin de la cheminée, et avait pour préférence un verre de Bergerac, bien sûr. C'était une femme charmante, élégante, aimable mais aussi un peu maniérée et un peu maniaque. Elle appelait souvent mon chef cuisinier grosse tête. Je lui rappelais amicalement qu'il avait un prénom et un nom », se souvient Bernard Giraudel, l'emblématique patron du célèbre hôtel du Vieux Logis de Trémolat, un établissement de grand luxe étoilé au guide Michelin.

« Elle nous parlait souvent de sa famille et de ses relations avec le roi des Belges. C'est une terrible nouvelle. Sa famille va cependant enfin pouvoir lui donner une sépulture digne », confie le restaurateur qui la « voi[t] encore aller » au Bistrot, le restaurant brasserie de la maison du Vieux Logis. Elle disait toujours à ses proches qu'elle était née « au mauvais moment au mauvais endroit ». Ildiko Kavupary avait vu le jour en août 1939 à Budapest (Hongrie).

Contrainte par la guerre de partir vivre en Belgique dès sa prime enfance, elle y fait la connaissance de l'aristocratie locale. Elle devient une protégée de l'archiduc Rodolphe de Habsbourg, le plus jeune fils de Charles Ier, le dernier empereur d'Autriche. C'est d'ailleurs Rodolphe qui remplacera le père d'Ildiko, décédé très jeune, le jour de son mariage, en l'accompagnant à l'autel. Preuve de ce lien, la comtesse offre le 30 juin 2013 à la cathédrale Saint-Front de Périgueux une relique de l'empereur Charles Ier d'Autriche-Hongrie.
 
Pas assez méfiante ?

Autres témoignages de ce noble passé, la comtesse avait chez elle « beaucoup de vaisselle et de bibelots », confirme une ancienne employée qui évoque aussi le caractère bien trempé de la vieille dame : « Elle avait parfois un relationnel un peu difficile avec les gens et était très exigeante », ajoute-t-elle. Exigeante, mais peut-être pas assez méfiante : « Je lui disais toujours de fermer la maison, le portail, mais non, elle laissait tout ouvert et disait qu'elle était à l'abri, ici, à la campagne. »

Mauzac-et-Grand-Castang (Dordogne)

Mauzac-et-Grand-Castang (Dordogne)

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