La rafle du Vel d'hiv et ces autres moments d'Histoire qui ne passent pas

Publié le par Geoffroy Clavel Chef du service politique du HuffPost

La rafle du Vel d'hiv et ces autres moments d'Histoire qui ne passent pas

De la polémique sur les propos de Marine Le Pen au "récit national" promu par Fillon en passant par la décolonisation de Macron.

Marine Le Pen mais aussi François Fillon et Emmanuel Macron avant elle ont déclenché des polémiques sur l'Histoire de France pendant la présidentielle.

Marine Le Pen mais aussi François Fillon et Emmanuel Macron avant elle ont déclenché des polémiques sur l'Histoire de France pendant la présidentielle.

PRESIDENTIELLE 2017 - S'attendait-elle à pareil retour de flamme? En niant la responsabilité de la France dans la rafle du Vel d'Hiv en 1942, Marine Le Pen s'est attirée instantanément les foudres de la quasi-totalité de la classe politique, beaucoup liant cette prise de position aux propos plus qu'ambigus de son père sur la Seconde guerre mondiale.

Sentant poindre le procès en antisémitisme, son entourage s'est précipité dans les médias pour préciser le fond de la pensée de la candidate du Front national: pas question de remettre en cause la réalité historique de la déportation de Français juifs pendant la guerre.

"Engager la responsabilité de la France, ça reviendrait à légitimer le gouvernement de Vichy et son action. Ce qui serait absolument désastreux. Nous, nous avons une position très gaullienne, on considère que la France était à Londres", "la France c'était pas Vichy", a déclaré ce lundi le secrétaire général du FN Nicolas Bay sur Sud Radio et Public Sénat. "La position de Marine Le Pen c'est celle du Général De Gaulle, de Georges Pompidou, de Valéry Giscard d'Estaing et de François Mitterrand", a-t-il précisé pour mieux atténuer l'onde de choc provoquée par le discours de la présidente du Front national.

Retour d'un discours "révisionniste" comme l'a dénoncé le Crif ou tentative maladroite de récupérer une partie du vote souverainiste, dont celui d'Henri Guaino ou Jean-Pierre Chevènement, très sensible à la mystique du général de Gaulle, seul représentant légitime à leurs yeux de la France pendant la Seconde guerre mondiale? Toujours est-il que l'attitude Marine Le Pen, qui rompt ici avec la reconnaissance de la responsabilité de la France initiée par Jacques Chirac et reprise par François Hollande, n'est pas dénuée d'arrière-pensée dans une campagne présidentielle où les blessures de l'Histoire sont encore à vif.

La hantise de la repentance, credo du FN et de Fillon

Si Marine Le Pen n'a techniquement pas remis en cause les crimes commis sous l'Occupation, la présidente du Front national s'est bien aventurée sur la pente glissante du conflit de 39-45 en promouvant une autre lecture de l'Histoire de France, remettant en cause l'analyse critique du roman national au nom de la lutte contre la "repentance".

"La France a été malmenée dans les esprits depuis des années. En réalité, on a appris à nos enfants qu'ils avaient toutes les raisons de la critiquer, de n'en voir peut-être que les aspects historiques les plus sombres", a-t-elle regretté, ajoutant: "Donc, je veux qu'ils soient à nouveau fiers d'être Français."

Marine Le Pen n'en est pas à son premier coup d'essai. En 2012 déjà, celle-ci s'était offusquée de la reconnaissance du massacre du 17 octobre 1961 d'Algériens à Paris. "A quand la repentance pour la Saint-Barthélémy? Je veux qu'on arrête de salir la France et qu'il y ait une forme de réciprocité", avait-elle dénoncé.

Cinq ans plus tard, la candidate à l'élection présidentielle a inscrit noir sur blanc dans son programme sa volonté de "renforcer l'unité de la nation par la promotion du roman national et le refus des repentances d'État qui divisent".

Une intrusion politique dans l'enseignement de l'histoire également assumée par un autre candidat de premier plan à l'élection présidentielle. Promoteur d'un "récit national" censé exalter le sentiment d'appartenance à la nation, François Fillon ne dit rien de la Seconde guerre mondiale mais ne cache pas sa volonté de revenir sur l'enseignement de la colonisation et de l'esclavage, jugé trop culpabilisant.

    "Non, la France n'est pas coupable d'avoir voulu faire partager sa culture aux peuples d'Afrique, d'Asie et d'Amérique du Nord. Non, la France n'a pas inventé l'esclavage"

Des propos qui lui avaient valu une singulière accusation de "racisme" et "d'apologie de crime contre l'Humanité" de la part du leader indépendantiste guadeloupéen Eli Domota, l'ancien premier ministre lui opposant "des générations de paysans basques et vendéens qui n'ont pas à faire repentance".

Macron s'est brûlé les doigts sur la décolonisation

Candidat souverainiste, Nicolas Dupont-Aignan n'est pas éloigné de la position de son rival LR lorsqu'il a fustigé "l'idéologie de la repentance" et "les professionnels de l'excuse et de la bien-pensance pour qui la France doit systématiquement renier sa grandeur" après la vive polémique déclenchée par Emmanuel Macron lorsque ce dernier avait lié la décolonisation à un "crime contre l'Humanité"

L'épisode avait provoqué un vrai trou d'air pour le candidat d'En Marche!, contraint de s'excuser auprès des anciens combattants et des harkis. Cependant, l'ancien ministre de l'Economie avait malgré tout revendiqué un discours historique "de complexité" sans "repentance" ni "refoulé".

N'empêche, Emmanuel Macron n'a depuis plus remis les pieds sur la pente savonneuse de la lecture historique, et ce d'autant plus que son appréciation de la guerre d'Algérie lui vaut encore un procès en révisionnisme. En témoigne son récent passage dans L'Emission politique où le candidat "central" a subi les foudres d'une professeure d'histoire (accusée par la suite d'être un soutien de François Fillon).

Mélenchon entre Robespierre et Cuba

Des quatre candidats à l'élection présidentielle en tête des sondages, seul Jean-Luc Mélenchon a (jusqu'ici) été épargné par les polémiques historiques. Fervent promoteur de la Révolution française, défenseur de la réhabilitation de Robespierre, de la Commune et des révolutions bolivariennes, le candidat de la France insoumise est pourtant loin d'esquiver la confrontation historiographique. Ce dimanche encore, lors de son grand meeting de Marseille, l'eurodéputé a revendiqué sa filiation avec les Sans-culottes tout en ironisant sur l'obsession identitaire de ses adversaires de droite.

En pleine progression dans les sondages, Jean-Luc Mélenchon s'expose toutefois à des attaques, notamment sur sa défense nuancée de l'héritage castriste à Cuba. Un argument qui revient avec insistance chez les soutiens de François Fillon, désormais au coude à coude avec le candidat de la France insoumise.

Publié dans Articles de Presse

Commenter cet article