ETA: des années de plomb à un espoir de paix

Publié le par La Dépêche

ETA: des années de plomb à un espoir de paix

ETA, trois lettres marquées du sang et des larmes, qui ont longtemps dit l'espoir pour les uns et la haine pour les autres. Trois lettres synonymes de terreur aveugle ou ciblée et une longue liste de morts. ETA, «Pays basque et liberté», traduction française de «Euskadi Ta Askatasuna».

ETA: des années de plomb à un espoir de paix

ETA: des années de plomb à un espoir de paix

Après avoir annoncé en 2011 son renoncement à la lutte armée, oui, la journée d'hier peut avoir une portée historique. Retour sur l'histoire des années de plomb.

Crée en 1959 sous Franco, l'organisation terroriste a multiplié les attentats, faisant plus de 800 morts en plus de 50 ans de lutte pour l'indépendance. Essentiellement en Espagne, parfois en France. Ses membres seront traqués, poursuivis emprisonnés, condamnés.

Organisation pyramidale et cloisonnée, un chef remplacera l'autre pendant que l'État espagnol annoncera avoir arrêté la tête pensante. Mais telle l'hydre, l'organisation se recomposait, ailleurs, avec un autre chef.

Les fondateurs vont patiemment tisser leur toile, organisant la clandestinité, et ne passeront à l'action que presque dix ans plus tard avec, en 1968 , l'assassinat d'un policier espagnol. Pas n'importe lequel, c'est le chef de la police de San Sebastian. Pourquoi si tard? Un policier habitué du dossier y voit là un signe de préparation et de maturation qui peut expliquer ensuite leur facilité à vivre dans la clandestinité.

1968 : pendant que la France goûte l'ivresse de la rue à la recherche des pavés sous la plage, l'Espagne vit encore ses années noires. Le franquisme oppresse. Omniprésente dictature qui verrouille une société surveillée de près par les sinistres et sévères bicornes de la Guardia Civil.

Opération Ogro

L'organisation poursuit son œuvre. Enlèvements, création de l'impôt révolutionnaire, l'ambiance au Pays basque est délétère et la menace s'étend. En 1973, les Basques s'attaquent directement au Caudillo en visant un de ses proches. Ils font exploser à Madrid la voiture de José Carrero Blanco. Celui qu'on présentait comme le successeur probable de Franco «monte au ciel», littéralement. Sous la puissance de la charge, sa voiture s'est envolée pour retomber dans un jardin voisin de l'église d'où il sortait. Pour les séparatistes, l' «opération Ogro» est un succès. Pour les forces de l'ordre le signal est donné, la lutte sera sans merci.

Aux opérations violentes succèdent les arrestations. La mort de Franco et le retour de la démocratie en Espagne en 1977 n'y changent rien. 1980 sera d'ailleurs l'année la plus terrible. Le bilan est lourd,les actions de l'ETA font cette année-là,118 morts. La spirale est infernale et si quelques voix s'élèvent dans les deux camps pour tenter de trouver une issue pacifique, les Faucons volent toutes griffes dehors autour de cette terre convoitée qui se gorge de sang.

La riposte des GAL

La lutte franchit une étape supplémentaire avec l'apparition des GAL en 1983. «Les groupes antiterroristes de libération» sont des commandos formés par des policiers ou des militaires espagnols. Sur le territoire français, ils vont traquer les Basques de l'ETA. Ils frappent régulièrement au Petit Bayonne mais aussi à Biarritz ou Saint-Jean-de-Luz. Jusqu'en 1987, ils tueront 20 personnes dont 14 étaient membres de l'ETA . Sans parler des blessés, des blessures, des traumatismes et des dégâts occasionnés, en France, cette organisation fait encore plus peur que les séparatistes basques. De nombreux hommes politiques ont tenté de savoir dans quelle mesure les autorités françaises avaient aidé les GAL.

L'ETA ne faiblit pas et va frapper encore et encore jusqu'à ce mois de juin 1987 où une bombe qui visait un supermarché de Barcelone fait 21 morts. C'est l'attentat le plus meurtrier perpétré par les séparatistes. Ils présentent leurs excuses, évoquent une «erreur». En vain...

Frères d'armes et trahisons

L'hydre peut aussi se retourner aussi contre ses frères d'armes. Et la fin des années 80 marque en cela un tournant. L'ETA s'en prend désormais régulièrement à des compagnons qui choisissent la fin de la lutte armée, l'ouverture des négociations. Et en 1995, elle commence à cibler des intellectuels ou des élus basques considérés comme des «traîtres». Cette même année, José Maria Aznar, qui deviendra plus tard président du gouvernement espagnol, est visé par un attentat et sera légèrement blessé.

En enlevant et en assassinant un élu du Parti populaire, Miguel Angel Blanco en juillet 1997, l'ETA n'a pas encore conscience du changement d'époque.

L'Espagne, traumatisée par ce déferlement de violence, fatiguée de ces haines vaines, se lève comme un seul homme. Plus de six millions de personnes défilent partout dans le pays y compris en terre basque pour dire stop à la violence.

En secret, des négociations avaient commencé depuis 1989. L'ETA déclara alors une première trêve. Il y en aura d'autres, qui seront régulièrement suivies d'actions violentes. En juin 1999, les autorités espagnoles révéleront que des discussions existent depuis dix ans. En vain, cela ne met pas un terme à la violence ni aux arrestations.

Enfin, le 20 octobre 2011 après une conférence internationale présidée par Kofi Annan, l'ancien secrétaire général des Nations Unies, l'ETA annonce l'arrêt définitif de son activité armée.

Hier une nouvelle page s'est écrite et ouvre une autre histoire. Elle sera sûrement plus apaisée mais pas forcément exempte de tensions. La question des prisonniers politiques basques, dont les familles demandent régulièrement le rapprochement, se posera avec encore plus d'acuité. La question du pardon pourra-t-elle être évoquée un jour?

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