Dans la peau d’Adolf Hitler

Publié le par Olivier Brégeard

Dans la peau d’Adolf Hitler

Habitué des petits rôles de « méchants » allemands, le comédien mulhousien Philippe Ohrel incarne la figure du mal absolu dans un docufiction diffusé ce dimanche soir sur France 5. Un accomplissement paradoxal.

Philippe Ohrel dans « Le jour où Hitler a perdu la guerre », diffusé ce soir sur France 5 : « J’ai souhaité le caractériser au mieux, mais j’ai accédé à son ignominie, à sa volonté sadique de détruire ». Photo Julien Bossé

Philippe Ohrel dans « Le jour où Hitler a perdu la guerre », diffusé ce soir sur France 5 : « J’ai souhaité le caractériser au mieux, mais j’ai accédé à son ignominie, à sa volonté sadique de détruire ». Photo Julien Bossé

L’allemand, c’est son sésame, sa carte de visite. « Le bilinguisme m’a permis de réussir deux vies diffé-rentes » , souligne Philippe Ohrel. D’abord dans le transport aérien, dix années au marketing de la compagnie Crossair, à Freiburg, Bâle et Zurich. Puis au cinéma et à la télévision, lorsque ce « besoin » , latent depuis l’âge de 15 ans, a fini par l’emporter.

Après avoir fréquenté les ateliers du théâtre amateur local, aux Tréteaux de Haute Alsace et au Théâtre de Poche, c’est dans une comédie qu’il fait une première figuration pour le cinéma : La confiance règne , d’Étienne Chatiliez, tourné à Mulhouse en 2004.

Des vertus du bilinguisme

Ses débuts professionnels, l’année suivante, annoncent la suite de sa carrière : il joue un officier allemand dans le téléfilm Le Temps de la désobéissance , puis remplace au pied levé Richard Sammel (acteur allemand établi de longue date en France, figure récurrente du méchant, dans Inglourious Basterds, OSS 117, Taxi …) dans le long-métrage La Saison des orphelins. « La production cherchait quelqu’un avec une gueule froide et un accent allemand. J’ai eu 17 jours de tournage, dans l’un des quatre rôles importants du film. Après ça, j’ai trouvé un agent à Paris, ça m’a facilité l’accès aux castings. Ma vie s’est transformée. »

Depuis 2005, Philippe Ohrel a joué dans 33 téléfilms, films ou séries – dont la moitié tournée en Alsace (comme l’épisode de « Capitaine Marleau » diffusé mardi dernier sur France 3). « Au total, j’ai dû jouer sept ou huit rôles d’Allemands. J’adore. On reconnaît ma compétence. Et ce sont souvent des rôles de méchants : terrifier tout le monde d’une phrase, il n’y a rien de plus succulent. » Fort de ces compétences et de son expérience, Philippe Ohrel a décroché la timbale, dans son genre de prédilection : il incarne le dictateur nazi dans Le jour où Hitler a perdu la guerre , un docufiction qui se penche sur sa décision d’attaquer l’Union soviétique, en 1941. Le comédien alsacien n’a eu que treize jours pour se préparer.

« J’ai regardé toutes les images d’archives que j’ai pu trouver. On connaît Hitler vociférant, dans ses discours publics, mais le documentaire le montre surtout avec ses généraux, en pleine réflexion. Il a fallu construire sa voix calme. » Un document sonore de onze minutes, enregistré à son insu, en Finlande, lorsqu’Hitler négociait la non-agression de l’Allemagne, a permis à Philippe Ohrel d’entendre cette voix. « Elle est très grave, très posée, à l’opposé de ce qu’on connaît. Hitler noie son interlocuteur de mots, sans le laisser respirer. Mais à un moment, il a un pic dans la voix, on sent la bête qui veut sortir. On s’aperçoit aussi que, comme tout prédateur, il se pose en victime. Il justifie tous ses actes par une mauvaise foi machiavélique. »

Une expérience à la fois « extraordinaire et insupportable »

Philippe Ohrel a dû aussi trouver très vite l’accent – autrichien –, la gestuelle et les postures du dictateur, « sans sombrer dans le ridicule ». « Je savais que j’allais être jugé par tous ceux qui connaissent ou croient connaître Hitler. Je devais être ultra-crédible. » La répulsion qu’il a inspirée, sur le tournage, à la productrice Rachel Kahn, l’a rassuré. « C’était le plus grand compliment qu’elle pouvait me faire. »

Le comédien évoque une expérience « étrange, extraordinaire et insupportable à la fois ». « J’ai souhaité le caractériser au mieux, mais j’ai accédé à son ignominie, à sa volonté sadique de détruire. » Pour le défi artistique, il se dit cependant prêt à rééditer, dans une fiction. Il a déjà contacté une réalisatrice russe qui prépare un film sur Hitler.

Sera-ce ce premier rôle qu’il attend avec impatience, à 51 ans ? Il rêve aussi de flic abîmé par la vie, d’espion anglais, de méchant dans un polar. Cite comme référence Anthony Hopkins, dans Le Silence des Agneaux : une autre grande figure – celle-ci fictive – du mal.

Mais avant cela, on retrouvera Philippe Ohrel dans le costard d’un mafieux… allemand, dans Overdrive , une grosse production internationale dont la sortie est prévue cette année. Il n’a pas peur d’être catalogué pour autant. « Je n’ai joué que de tout petits rôles, je ne suis pas connu. J’attends le jour où on découvrira à quel point je parle bien le français ! » 

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