Afghanistan: la méga bombe de Donald Trump

Publié le par La Croix

Afghanistan: la méga bombe de Donald Trump

Les États-Unis ont largué, jeudi 13 avril, la plus puissante bombe conventionnelle de leur arsenal contre Daech en Afghanistan.

Afghanistan: la méga bombe de Donald Trump

Cette bombe GBU-43/B de 9, 8 tonnes, à effet de souffle massif (Massive Ordnance Air Blast, MOAB), équivalent à 11 tonnes de TNT, a visé vers 14h30 GMT une «série de grottes» dans le district d’Achin, situé dans la province orientale de Nangarhar où un soldat américain a été tué dans une opération contre les djihadistes le week-end dernier.

La province de Nangarhar, frontalière du Pakistan, est la première région d’implantation en Afghanistan de l’organisation État islamique qui a progressé ces dernières années en recrutant notamment des talibans afghans ou pakistanais. Daech compterait 600 à 800 combattants dans le pays, contre 3 000 début 2016, selon l’Otan. Depuis août 2016, les forces américaines y ont conduit de nombreuses frappes aériennes sur les bastions jihadistes.

La bombe, guidée par GPS, longue de plusieurs mètres et larguée par la porte arrière d’un avion de transport C-130, n’avait encore jamais été utilisée en combat. Selon l’US Air Force, le dernier test de la bombe GBU-43 en 2003 avait provoqué un panache de poussière et de fumées visible à plus de 32 kilomètres. Le coût de la bombe s’élève à 16 millions de dollars, sans compter des dépenses de développement de plus de 300 millions de dollars.

Au moins 36 combattants de Daech ont été tués et un complexe de tunnels a été détruit, selon le ministère de la Défense afghan, parmi eux le chef de l’E.I. Siddiq Yar. Esmail Shinwar, gouverneur du district de Achin a affirmé, samedi 15 avril, qu’ « au moins 92 combattants de Daesh ont été tués. » Des précautions auraient été prises pour éviter les victimes civiles selon le président afghan Ashraf Ghani. Le capitaine de vaisseau Bill Salvin, porte-parole des forces américaines en Afghanistan, a indiqué « n’avoir aucune raison de penser » que des civils étaient présents au moment de l’explosion. « La cible a été choisie pour assurer un maximum d’impact contre l’EI tout en évitant des victimes civiles », a-t-il ajouté, précisant qu’une évaluation des effets de la bombe était en cours. Le général John Nicholson, qui commande les forces américaines en Afghanistan, a estimé que cette bombe était « la bonne munition » pour venir à bout des bunkers et des tunnels de plus en plus utilisés par les jihadistes, « alors que leurs pertes augmentent. »

L’État islamique a démenti toute perte, dans un communiqué publié par son agence Amaq.

Donald Trump s’est félicité d’un «nouveau succès». «Je suis tellement fier de nos militaires. C’est un nouveau succès» a déclaré le président américain, sans préciser s’il avait personnellement autorisé l’opération. «Je leur ai donné carte blanche. (…) Franchement, a-t-il ajouté, c’est pour cela qu’ils ont autant de succès ces derniers temps. Si vous comparez ce qu’il s’est passé ces huit dernières semaines à ces huit dernières années, vous verrez qu’il y a une grande différence. »

Les États-Unis ont environ 8 400 soldats en Afghanistan. Les militaires américains forment, conseillent et appuient les forces afghanes dans leurs combats contre les talibans et Daech. Le général américain Joe Votel, commandant en chef des troupes américaine au Moyen-Orient, s’est prononcé en mars pour un renforcement des troupes américaines, ce qui inverserait la tendance suivie ces dernières années.

Des responsables militaires au Pentagone ont affirmé qu’ils n’avaient pas eu besoin de demander l’autorisation de Donald Trump pour cette frappe, selon le New York Times, même si trois d’entre eux ont également reconnu que si Barack Obama était toujours en poste, le Département de la Défense aurait probablement envoyé la proposition à la Maison blanche avant la mettre en œuvre.

Le Pentagone a révélé, par ailleurs, qu’une frappe aérienne de la coalition en Syrie avait tué, mardi 11 avril, près de la ville de Tabqah en Syrie, 18 combattants syriens alliés des États-Unis. En un mois, c’est la troisième frappe  américaine qui a tué des civils ou des alliés. Depuis l’entrée en fonction de Donald Trump, les chefs militaires américains américains ont eu plus de latitude pour faire appel à des frappes et le Pentagone bénéfice d’une plus grande liberté pour contrôler la politique de sécurité nationale.

Le nombre de victimes civiles victimes de frappes aériennes de la coalition dirigée par les États-Unis a fortement augmenté depuis que Donald Trump a pris ses fonctions. Le mois de mars a été le mois le plus meurtrier pour les civils: selon  l’ONG Airwars, le nombre de victimes civiles en Irak et en Syrie s’est élevé à 3 471 contre 1 782 le mois précédent.

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