Un "bon nazi" dans le ghetto de Varsovie : l’officier qui avait sauvé la vie du "Pianiste" avait aussi évité la mort à plusieurs dizaines de Juifs

Publié le par Atlantico

Un "bon nazi" dans le ghetto de Varsovie : l’officier qui avait sauvé la vie du "Pianiste" avait aussi évité la mort à plusieurs dizaines de Juifs

Wilm Hosenfeld, capitaine dans l'armée allemande durant la Seconde Guerre mondiale, est connu pour avoir aidé le pianiste Władysław Szpilman. Une histoire popularisée par le film "Le Pianiste" de Roman Polanski. Mais avant cela, il sauva également la vie de plusieurs personnes du ghetto de Varsovie.

Un "bon nazi" dans le ghetto de Varsovie : l’officier qui avait sauvé la vie du "Pianiste" avait aussi évité la mort à plusieurs dizaines de Juifs

"Il était comme une lumière dans les ténèbres de cette époque". Le destin hors du commun de Wilm Hosenfeld, un officier de la Wehrmacht, était digne d'un film, et tel a été le cas. Sa rencontre avec le pianiste polonais Władysław Szpilman, dont il sauvera la vie, est notamment racontée dans le film Le Pianiste, réalisé par Roman Polanski, qui a remporté la palme d'or au Festival de Cannes en 2002.

Mais ce que le film ne révèle pas, c'est que l'officier n'en était pas à son coup d'essai. Une biographie d'Hermann Vinke à paraître prochainement révèle que, horrifié par les ravages du régime nazi, ce militaire dévoué a aidé des dizaines de victimes de la guerre, notamment des juifs.

On estime que près de 60 personnes lui doivent la vie.

Né en 1895 dans la Hesse, ce catholique très pieux est élevé dans des valeurs prussiennes d'effort et d'obéissance absolue. Il combat pour l'armée allemande lors de la Première guerre mondiale, d'où il est rapatrié en 1917 pour causes de graves blessures. Il rejoint le parti nazi en 1935 et se montre au départ très enthousiaste concernant le IIIe Reich. Il prête allégeance à Adolf Hitler, qu'il considère alors comme un "pur génie". Mais petit à petit, Hosenfeld est témoin des atrocités commises et de la déliquescence morale du régime.

Le capitaine Wilm Hosenfeld

Le capitaine Wilm Hosenfeld

De 1940 à 1944, en tant qu'officier de réserve, il est affecté à Varsovie, où il est en charge d'un centre de sport. Quand il arrive dans la capitale polonaise, il est rapidement horrifié des conditions de détention des habitants. Il écrit alors à sa femme qu'il est malheureux de voir la misère environnante, qu'il se sent impuissant, mais désireux d'aider. Il va alors transformer ses paroles en actes, en commençant par distribuer de la nourriture sans l'autorisation de ses supérieurs, et des faux papiers.

Un jour, alors qu'il circule à bicyclette dans la ville, il voit une femme de confession juive courir en pleine rue. Le soldat lui demande alors où elle va. Elle répond qu'elle est enceinte, que son mari est emprisonné dans un camp non loin et qu'elle veut demander sa libération. Hosenfeld note le nom de son mari et lui dit que ce dernier la rejoindra dans 3 jours. Il tiendra parole. Grâce à sa position d'officier, il aidera par ailleurs un fugitif allemand antinazi, des Polonais et d'autres juifs, ne tenant pas compte des origines de ceux qu'il aide.

L'acteur Thomas Kretschmann jouant le rôle de Wilm Hosenfeld dans le film "Le Pianiste"

L'acteur Thomas Kretschmann jouant le rôle de Wilm Hosenfeld dans le film "Le Pianiste"

En août 1944, il découvre par hasard le pianiste Władysław Szpilman dans une maison abandonnée, dans laquelle le musicien se cachait pour échapper aux persécutions des nazis. Après lui avoir demandé de jouer du piano (qui se trouvait dans les ruines du bâtiment), Hosenfeld lui trouvera une meilleure cachette et lui apportera de la nourriture en plusieurs occasions. Après la guerre, Władysław Szpilman témoignera de cette histoire dans un livre, qui sera plus tard adapté par Roman Polanski.

Mais fin 1944, l'Armée rouge se fait de plus en plus menaçante, et l'officier doit repartir au front. Il sera capturé par les Soviétiques en janvier 1945, et condamné à 25 ans de prison, où il sera soumis à la torture et à la malnutrition. Le capitaine Wilm Hosenfeld trouvera la mort dans une prison soviétique le 13 aout 1952, d'une rupture de l'aorte thoracique, probablement dû à des actes de tortures. Il n'aura jamais eu la chance de revoir sa famille. Pour Hermann Vinke, "il était à la fois un sauveur et une victime, car il n'a pas pu se sauver lui-même".

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