Troadec : funeste «trésor»

Publié le par Dernières Nouvelles d'Alsace

Troadec : funeste «trésor»

Bretagne - Une querelle d’héritage pourrait être à l’origine du massacre. Les enquêteurs sur le quadruple assassinat d’Orvault fouillent méticuleusement la ferme du meurtrier présumé dans le Finistère. La mère de Pascal et Lydie Troadec corrobore la thèse d’un contentieux financier.

Les terrains de la ferme d’Hubert Caouissin et de Lydie Troadec, où ont été enterrés les corps de la famille Troadec, s’étendent sur 32 hectares. Photo AFP

Les terrains de la ferme d’Hubert Caouissin et de Lydie Troadec, où ont été enterrés les corps de la famille Troadec, s’étendent sur 32 hectares. Photo AFP

À Pont-de-Buis-lès-Quimerch, petite commune du Finistère, à 250 km d’Orvault, un dispositif de recherches considérable s’est déployé autour de la ferme d’Hubert Caouissin, meurtrier présumé de la famille Troadec, et de Lydie Troadec, sa compagne, sœur du père de famille assassiné.

Des restes de corps disséminés dans la boue

Policiers, commissaires, CRS, légistes, anthropologue… explorent les recoins les plus sinistres d’un drame familial hors norme. Profitant de la marée basse, la zone de fouilles s’est élargie hier sur les bords de l’Aulne, fleuve côtier jouxtant les 32 hectares marécageux de la ferme du Stang. Les pluies ont rendu le terrain très boueux.

En coopération avec l’auteur présumé du quadruple homicide, les enquêteurs découvrent jour après jour fragments d’os et bijoux appartenant aux Troadec. Parfois quelques restes de corps, comme hier. Dans sa déposition effrayante, Hubert Caouissin a avoué en avoir brûlé une partie et disséminé le reste dans une zone où pullulent sangliers et renards. À noter qu’aucune trace de sang ni d’effets correspondant à la fille, Charlotte, n’ont été trouvés.

Parallèlement, les enquêteurs tentent d’établir si un « trésor » caché est bien à l’origine de la tuerie. Une thèse que la mère de Pascal et Lydie Troadec accrédite.

Jalousies des deux côtés

« Cette affaire terrifiante trouve son origine dans un trésor composé de lingots et de pièces d’or que mon mari avait caché dans le garage de notre maison », a-t-elle confié au Parisien. Son fils aurait placé cet « or volé » à Monaco et Andorre. Ce « trésor », dont on ne connaît pas le montant et dont l’existence n’a pas été confirmée, aurait été découvert en 2006 par son mari, ex-artisan plâtrier, lors de travaux dans un immeuble datant de 1907, dans un vieux quartier de Brest.

Selon le récit de Mme Troadec mère, lors du décès de son père en 2009, Pascal Troadec a profité de l’hospitalisation de sa mère au même moment pour s’emparer de l’or : « Il a spolié sa sœur Lydie ». Brouillés, mère et fils, sœur et frère coupent alors les ponts. La vieille dame révèle également la jalousie de Pascal à l’égard « de la bonne situation d’Hubert qui travaillait à l’arsenal ». Elle évoque aussi le nouveau train de vie confortable des Troadec « qui voyageaient beaucoup. Preuve que leur situation financière avait bien changé au tournant de 2010 et 2011 ».

Un couple coupé du monde

En rapport ou non avec le différend familial, Hubert Caouissin sombre dans la dépression courant 2013 et abandonne son emploi. Avec Lydie, ils emménagent dans cette propriété de Pont-de-Buis en 2015 avec une discrétion étonnante pour les voisins. Leur fils de 8 ans n’était plus scolarisé et ils ne connaissaient personne dans les environs. Comme s’ils avaient voulu se couper du monde. Ruminaient-ils cette histoire de trésor, comme l’a dit l’assassin présumé dans sa déposition ?

Un trésor mystérieux

L’avocate de la famille de la mère assassinée, Me Cécile de Oliveira, a fait état d’un « harcèlement » de la part de l’assassin présumé envers ses futures victimes qui aurait débuté « en 2014, 2015 ». « Pascal Troadec avait fait une démarche auprès de la gendarmerie pour se plaindre d’avoir été accusé mensongèrement et de manière répétée sur cette histoire de lingots d’or qui sort de l’imaginaire d’Hubert Caouissin ».

Une enquête patrimoniale est en cours pour trouver une trace de ce « trésor ». Mais les policiers restent très prudents à l’égard de cette thèse. La mère du suspect, Hubert Caouissin, affirmait de son côté, lundi, que « cette histoire de lingots, c’était n’importe quoi ». Quant au procureur Nantes, Pierre Sennès, il avait seulement indiqué que le couple Troadec avait « des revenus convenables » et n’était pas endetté. En garde à vue dimanche, Hubert Caouissin a expliqué qu’il était persuadé « que Pascal Troadec avait récupéré des pièces d’or dans un cadre successoral, pièces d’or qui auraient dû être partagées avec le reste de la famille, ce qui a nourri une profonde rancœur ». Cela reste, pour le moment, le principal mobile du quadruple meurtre.

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