Transferts secrets de la CIA : une ex-espionne partiellement graciée par Rome

Publié le par Jacques Follorou

Transferts secrets de la CIA : une ex-espionne partiellement graciée par Rome

Sabrina de Sousa, condamnée en 2014 à sept ans de prison en Italie pour l’enlèvement illégal d’un imam égyptien à Milan, a obtenu une grâce partielle du président italien.

Le 14 août 2008, au siège de la CIA à Langley, en Virginie. Saul Loeb / AFP

Le 14 août 2008, au siège de la CIA à Langley, en Virginie. Saul Loeb / AFP

Le sort de l’ex-espionne de la CIA s’est joué dans un aéroport quelques minutes avant d’être extradée du Portugal vers l’Italie encadrée par des agents d’Interpol. Alors qu’elle était, mercredi 1er mars, sur le point d’embarquer de Lisbonne vers Rome pour purger sa condamnation pour la participation à l’enlèvement illégal par la CIA d’un imam égyptien en 2003, à Milan, Sabrina de Sousa a appris la décision de grâce partielle du président italien. Le jour même, elle recouvrait la liberté.

C’est l’épilogue d’une procédure unique en Europe concernant les « transfèrements secrets » par la CIA de suspects vers des pays connus pour pratiquer la torture, multipliés après les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis.

La présidence italienne a ramené le quantum de la peine de quatre à trois années, ce qui ouvre la voie à des mesures alternatives à la détention. Elle pourra ainsi effectuer des travaux d’intérêt général au Portugal ou en Italie. Le mandat européen qui la visait a été révoqué. Le chef de l’Etat italien, Sergio Mattarella, assure avoir pris en considération l’attitude de la condamnée, le fait que les Etats-Unis ont mis fin aux « transferts extrajudiciaires » et la nécessité d’équilibrer la peine par rapport à celles prononcées contre la vingtaine d’autres protagonistes de l’affaire.

Fuite au Portugal

Elégante femme de 60 ans, que Le Monde a longuement rencontrée, à Lisbonne, à l’automne 2015, cette anciene espionne de la CIA avait été condamnée définitivement, en mars 2014, à sept ans de réclusion par contumace, en Italie. Une peine réduite à quatre ans à la faveur d’une loi d’amnistie.

Tout d’abord exfiltrée aux Etats-Unis, en 2003, par son agence pour la soustraire aux arrestations en Italie, elle s’était ensuite enfuie, en avril 2015, au Portugal, faute d’avoir pu faire reconnaître son innocence de son pays et donc obtenir la levée du mandat d’arrêt international qui lui interdisait de voyager. Bénéficiant de la double nationalité américaine et portugaise, elle arrivait à Lisbonne avec l’espoir d’atteindre son but depuis un pays européen.

Après un poste au siège de la CIA, à Langley en Virginie, elle avait été envoyée en Italie sous couverture diplomatique. Elle y est restée de 1998 à 2003, à Rome puis à Milan. Dans ce pays, la CIA et les services italiens ont noué des liens très proches, notamment au temps de la guerre froide contre l’influence communiste. Elle était second secrétaire au consulat américain de Milan lorsque Abou Omar est enlevé, le 17 février 2003, en pleine rue, alors qu’il se rend à la mosquée avant d’être transféré en Egypte à travers l’Allemagne. Elle dit n’avoir jamais été associée à cette opération, dont elle conteste l’efficacité et le bien-fondé. Tout juste a-t-elle servi d’interprète, en 2002, assure-t-elle, pour le compte de contractuels de la CIA venus réaliser des repérages, mais pour accommoder leur séjour et non pour Abou Omar.

Elle était l’une des deux seules membres de la CIA sur les 22 condamnés à avoir été jugée sous son vrai nom. Les cinq Italiens associés à l’enlèvement avaient vu leurs peines annulées, en 2014, par la Cour de cassation. Une grâce avait également été accordée par le président italien, en 2013, au militaire américain chargé de la base US d’Aviano d’où avait été transféré en secret Abou Omar.

Abou Omar, aujourd’hui libre en Egypte

L’ex-imam radical égyptien Oussama Moustafa Hassan Nasr, dit Abou Omar, condamné par contumace, le 6 décembre 2013, par un tribunal italien à six ans de prison pour « association de malfaiteurs à des fins de terrorisme international », vit en liberté à Alexandrie, en Egypte. Après son enlèvement, en février 2003, par la CIA et son transfert en Egypte, cet homme né en 1963 a été détenu et torturé jusqu’en avril 2004. Déclaré innocent, il est libéré « à condition de [se] taire », a-t-il affirmé au Monde en juin 2007. Des déclarations à la presse le conduiront de nouveau en prison, dont il ne sortira que le 11 février 2007.

Publié dans Articles de Presse

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