Quimper : une ex-call-girl jugée pour le meurtre d'un audioprothésiste

Publié le par Nora Moreau À Quimper (finistère)

Quimper : une ex-call-girl jugée pour le meurtre d'un audioprothésiste

Lola, une ex-call-girl à la personnalité complexe, est jugée depuis mardi pour le meurtre d'un audioprothésiste en 2009 dans sa villa du Finistère. Un crime maquillé en incendie.

Plougonvelin (Finistère), le 24 juillet 2009. La villa de la victime avait été réduite en cendres et son propriétaire retrouvé calciné.PHOTOPQR/ «OUEST FRANCE»/SÉBASTIEN PANOU

Plougonvelin (Finistère), le 24 juillet 2009. La villa de la victime avait été réduite en cendres et son propriétaire retrouvé calciné.PHOTOPQR/ «OUEST FRANCE»/SÉBASTIEN PANOU

«Je me souviens de rien. Faut dire, ça fait dix ans que je suis sous Valium.» A la barre de la cour d'assises du Finistère, à Quimper, ses cheveux noirs plaqués sur le crâne, le visage figé et l'œil hagard, Laëtitia Monier, dite Lola, call-girl notoire des nuits brestoises, qui clame à qui veut l'entendre sa virginité -- attestée médicalement --, change sa version des faits pour la énième fois.

Placée en garde à vue après la découverte du corps sans vie de Jean-Jacques Le Page, en 2009, Lola est jugée depuis mardi pour meurtre, comme l'un de ses amis, William Rolland, qui comparaît libre. Neuf jours de procès pour tenter de faire la lumière sur un crime sordide maquillé en incendie. Le théâtre du drame, survenu la nuit du 23 au 24 juillet 2009, est une grande villa de bord de mer, à Plougonvelin, cité balnéaire bourgeoise à 30 km au nord de Brest, alors habitée par Jean-Jacques Le Page, 67 ans, audioprothésiste renommé à la retraite.

Elle se baigne à côté de la villa en flammes

Vers minuit, une voisine aperçoit une épaisse fumée et s'empresse d'alerter les pompiers. Ceux-ci ne se déplacent que vers 10 heures du matin. La maison est réduite en cendres. On ne retrouve qu'un seul corps, nu et en partie calciné. Les experts démontrent que le départ de feu est volontaire. Il est rapidement établi que Jean-Jacques Le Page a été lardé de coups de couteau. Des billes de plomb provenant d'un pistolet à grenaille sont découvertes dans l'une de ses orbites. En revanche, impossible de retrouver les armes du crime.

L'affaire bascule peu après avec l'arrestation de Lola, cette call-girl alcoolique et toxicomane que la victime fréquentait depuis «quelque temps», dans un bar à hôtesses de Brest. Elle était avec lui le soir des faits. Puis, plus tard la même nuit, dans une fête avec d'autres jeunes. Cette femme, alors âgée de 24 ans, à la personnalité complexe et aux propos contradictoires, sera aperçue, le lendemain, se baignant tout habillée sur une plage voisine alors que la maison Le Page, sur les hauteurs, brûlait encore... Et des témoins auraient aperçu des couteaux ensanglantés dans son sac à main.

Les protagonistes se renvoient la balle

Sauf que Lola accuse alors une tierce personne, «qui devait l'aider à cambrioler» la victime : William Rolland, aujourd'hui âgé de 30 ans, un copain de galère, un «addict» paumé lui aussi. Il avouera presque le crime lors de sa première audition, puis il se rétractera. Définitivement.

Durant tout le temps de l'instruction, les deux protagonistes n'ont eu de cesse de se renvoyer la balle. Mardi, à l'audience, ce fut la seule constante dans leurs discours. Lola continue de nier toute violence envers Jean-Jacques Le Page et confirme la présence de William dans la maison ce soir-là. William, lui, prétend n'avoir jamais quitté Brest, où il réside. Et s'offre un alibi de choix : son voisin et fournisseur de drogue. Dans le discours de Lola revient régulièrement un personnage au rôle trouble. Un certain Habib, qui aurait pu être présent sur les lieux du crime. Celui-là même qui enverra une lettre anonyme au juge d'instruction, courant 2011, poussant les enquêteurs à fouiller dans une ruelle pour y trouver le sac à main de Lola et des couteaux de boucher couverts... de faux sang.

La vie de Lola, décousue et improbable, a été en partie abordée par la cour. Fille d'une femme qui l'a instruite à la maison, tout en la faisant voyager dans toute l'Europe et en se prostituant, Lola fascine. Celle qui ne proposait à ses clients «que des massage» présente, selon la présidente Fouquet, «un rapport étonnamment complexe et toujours sur la défensive avec les hommes». Aujourd'hui âgée de 32 ans, Lola, dont le casier était aussi vierge que sa personne avant le meurtre de Jean-Jacques Le Page, a passé, depuis 2009, le plus clair de son temps à faire «connerie sur connerie». Et donc en prison. Le procès doit durer jusqu'au 9 mars.

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