Mafia et République (2/3)

Publié le par Arte

Mafia et République (2/3)

L'histoire complexe et occultée de la mafia corse, qui a prospéré à partir de la fin des années 1920 avec la complicité de l'État français. En trois volets, cette série documentaire ausculte les liens scélérats qui ont uni mafieux corses et politiques de tous bords sur trois générations. Deuxième volet : Aux services de la France (1945-1975).

Mafia et République (2/3)

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, mafieux et politiques luttent main dans la main contre les communistes. En 1947, la grève des dockers marseillais est brisée par l'action simultanée des Guerini, sollicités par la CIA, de la DST (Direction de la surveillance du territoire) dans le Sud-Est, et de Marcel Francisci et Jo Renucci, autres figures de la pègre, membres du service d'ordre gaulliste. Paris s'appuie par ailleurs sur la diaspora corse pour défendre ses colonies : de nombreux mafieux deviennent agents du SDECE, le Service de documentation extérieure et de contre-espionnage. Parallèlement, la French Connection déploie sa toile avec la complicité de l'État. Embourbée en Indochine, la France rachète des stocks de pavot en échange du soutien des populations locales et les écoule auprès des trafiquants corses de Saigon. La marchandise, venue également d'Iran, de Turquie ou du Liban, est transformée en héroïne dans les laboratoires français, expédiée vers les États-Unis grâce à aux liens tissés par Étienne Léandri avec la mafia sicilo-américaine, et l'argent est blanchi dans les cercles de jeux. Mais en 1969, l'élection de Georges Pompidou change la donne. Le président, qui collabore avec Nixon dans sa guerre contre la drogue, place ses hommes au SDECE et purge le SAC (service d'action civique), la police parallèle des gaullistes, également infiltrée par le milieu…

Emprise invisible

Ces trois épisodes, aussi denses qu'éclairants, auscultent les liens scélérats qui ont uni mafieux corses et politiques de tous bords sur trois générations. Naviguant entre images d'archives et explications d'historiens, de journalistes, de magistrats et de témoins (la fille de Barthélemy Guerini, le confident d'Étienne Léandri, Loïk Le Floch-Prigent…), ils décortiquent les mécanismes obscurs – services rendus contre impunité – qui ont permis à une organisation criminelle méconnue et pourtant toute-puissante de s'exporter sur tous les continents et d'infiltrer les antichambres du pouvoir. D'où le constat de l'historien du droit Jacques de Saint Victor : "Un jour on se réveille et on n'est plus véritablement dans un système démocratique, mais on ne s'en est pas rendu compte."

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