Les familles des "disparues de l'Yonne" demandent un hommage au gendarme Jambert

Publié le par Delphine Martin

Les familles des "disparues de l'Yonne" demandent un hommage au gendarme Jambert

40 ans après les faits, 13 ans après la condamnation d'Emile Louis, Pierre Monnoir, le président de l'association des victimes, propose qu'une promotion d'élèves officiers de la gendarmerie porte le nom de Christian Jambert : le gendarme qui avait identifié le tueur avant tout le monde.

Les familles des "disparues de l'Yonne" demandent un hommage au gendarme Jambert

"Christian Jambert mérite bien ça" : Pierre Monnoir, le président de l'association des familles des victimes, demande à la gendarmerie de rendre hommage à l’adjudant-chef Jambert et à son travail crucial dans l’enquête sur les disparues de l’Yonne. Jambert, l’homme qui avait démasqué Émile Louis dès 1984, soit 20 ans avant la condamnation du tueur en série.

Un procès-verbal "égaré" pendant 12 ans

Décrit comme un enquêteur hors pair, un gendarme dévoué et infatigable, Christian Jambert a rapidement fait le lien entre la disparition des jeunes filles et le chauffeur de car. "Et sans l'aide des outils modernes de la police scientifique d’aujourd’hui et notamment les analyses ADN" ajoute Pierre Monnoir. Son procès-verbal, remis au parquet d'Auxerre en 1984, contenait déjà les noms de six des sept victimes. Mais il est resté dans un tiroir du palais de justice pendant des années. "Égaré" pour des raisons inexpliquées. "Son travail n’a pas été perdu, il a été laissé dans un coffre !" affirme Pierre Monnoir. "Moi je dis qu’on a classé ce dossier pour ne pas faire de vagues."

Quoi qu’il en soit, Émile Louis n'a été interpellé qu'en 2000, avouant avoir tué sept jeunes handicapées de la DDASS, entre 1977 et 1979, après des relations sexuelles, avant de se rétracter. Il a été condamné à la prison à perpétuité en 2004, par les Assises de l’Yonne. Une peine confirmée, en appel, en 2006.

Ces deux procès, Christian Jambert n’a pas pu les suivre. Le gendarme a été retrouvé mort en 1997, avec deux balles dans la tête. Présenté comme dépressif, il s'était dit menacé. La justice, après une enquête pour assassinat relancée en 2004, a finalement conclu au suicide. Une thèse à laquelle les proches du gendarme Jambert n'ont jamais cru.

    J'ai toujours trouvé que la fille de Christian Jambert était en quelque sorte une victime collatérale d’Émile Louis - Pierre Monnoir

Et c’est aussi pour la famille de Christian Jambert que Pierre Monnoir a voulu lancer cet appel. "C’est quelque chose qui m’a toujours tenu à cœur" dit-il, "je rencontre régulièrement sa fille, Isabelle. Et je pense toujours que c’est une victime collatérale d’Émile Louis. Car son père a fait un travail, qui a été étouffé par les magistrats et les procureurs d’Auxerre qui se sont succédé."

Aujourd’hui, le président de l’association des victimes demande qu'une promotion d'élèves officiers ou de sous-officiers de la gendarmerie porte le nom de Christian Jambert et peut-être, plus tard, la remise d'une décoration à titre posthume. "L'ordre national du Mérite ou la Légion d'honneur", précise Pierre Monnoir.

Mon père était un enquêteur qui a toujours cherché avant tout la vérité. Ce serait un immense hommage - Isabelle Richard, sa fille

Cet appel de Pierre Monnoir à rendre hommage au travail du gendarme Jambert touche beaucoup sa fille, Isabelle Richard : "Mon père était un enquêteur qui ne laissait jamais échapper un criminel" dit-elle. "Il ne me parlait pas de ses enquêtes mais j'ai eu beaucoup d'échos de ses collègues. On me disait que c'était quelqu'un d’opiniâtre, d'une qualité exceptionnelle au niveau de ses enquêtes".

Elle avait trente ans quand son papa est mort, dans des conditions troubles. Et cette proposition de nommer une promotion de gendarmerie en mémoire de son père serait pour elle un immense honneur. "Il excellait dans son domaine et la gendarmerie était toute sa vie" dit-elle. "Il avait du caractère. C'était quelqu'un de persévérant, et ça ne plaisait pas toujours, mais son objectif a toujours été de résoudre les enquêtes et d'aboutir à la vérité."

 Pierre Monnier lors du procès d'Emile Louis, en 2004, à Auxerre © Maxppp

Pierre Monnier lors du procès d'Emile Louis, en 2004, à Auxerre © Maxppp

Publié dans Articles de Presse

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