L’affaire Troadec et le fantasme de l’or brestois

Publié le par Laurence Guilmo

L’affaire Troadec et le fantasme de l’or brestois
Le père de Pascal Troadec a t-il trouvé de l'or dans un immeuble ancien de Brest ? | Archives

Le père de Pascal Troadec a t-il trouvé de l'or dans un immeuble ancien de Brest ? | Archives

En 1940, alors que la Banque de France faisait évacuer son or, une caisse est tombée à l’eau… Le magot aurait-il terminé aux mains de la famille Troadec, assassinée pour ce mobile ?

À Orvault, Pascal, Brigitte, Sébastien et Charlotte Troadec ont-ils été assassinés pour une sombre histoire d’héritage mal partagé ? C’est le mobile avancé par le principal suspect, Hubert Caouissin, compagnon de Lydie Troadec, sœur de Pascal. Un trésor devenu son obsession.

Selon Cécile de Oliveira, l’avocate des deux sœurs et de la mère de Brigitte Troadec, cette affaire de trésor sortait de l’imagination d’Hubert Caouissin. Dans Ouest-France, elle évoque « cette rumeur au sujet des pièces d’or […] Pascal a même été à la gendarmerie pour faire cesser ces accusations mensongères contre lui. »

Cette semaine, dans Le Parisien, la mère de Pascal a rapporté que son époux, artisan plâtrier, aurait découvert des lingots et des pièces d’or alors qu’il effectuait des travaux dans un immeuble ancien de Recouvrance, à Brest, en 2006. Ce trésor aurait « peut-être été volé » à la Banque de France lors de la Seconde Guerre mondiale.

L’or au garage

L’artisan aurait conservé l’or dans son garage, jusqu’à sa mort en 2009. Puis le magot aurait été dérobé par Pascal, qui l’aurait placé sur des comptes à Monaco ou Andorre. Attisant ainsi la rancœur maladive de son beau-frère. Selon nos informations, plusieurs points de ce témoignage amènent les enquêteurs à douter de sa totale fiabilité.

« À l’origine de cette histoire de trésor, il y a un fait historique, avéré, bien connu à Brest », explique Alain Boulaire, historien brestois. Lors de la Seconde Guerre mondiale, la Banque de France décide de mettre son or à l’abri des nazis. Elle constitue alors la troisième plus importante réserve du monde. Le seul moyen est de l’évacuer vers des pays ou régions amis : États-Unis, Canada, Antilles, mais aussi Afrique du Nord et Afrique Noire.

Dès mai 1940, malgré la débâcle et la pagaille, des convois d’or arrivent par train à Brest, explique un documentaire intitulé 1940, l’or de la France a disparu ! diffusé sur France 5 en 2013. Ils sont dirigés vers l’arsenal brestois. Les caisses et sacs sont déchargés sur des « norias de camions », souligne Alain Boulaire, et transportés au fort du Portzic.

C’est ensuite que les précieux chargements étaient amenés au port pour être embarqués sur des bateaux. En plusieurs jours, d’énormes quantités d’or ont été chargées. « Le Pasteur a transporté 200 tonnes, l’Émile-Bertin, pareil », précise l’historien.

Jamais retrouvé

Le 18 juin 1940, tout s’accélère. Les avions allemands bombardent Brest. Les blindés ne sont plus très loin. « Dans la précipitation, au moment du transvasement, une caisse de 50 kg de lingots d’or a été perdue dans l’eau du port, raconte Alain Boulaire.

D’autres sources évoquent aussi plusieurs vols, voire de deux caisses tombées à l’eau… Quoi qu’il en soit, ajoute Alain Boulaire, « très probablement, ça s’est vite su à Brest. Sans doute que des gens ont cherché à récupérer la cargaison. Une certitude : après la guerre, les autorités ont cherché à reprendre cette caisse, mais ils ne l’ont jamais retrouvée… »

Que sont devenus ces kilos d’or ? La question a alimenté bien des fantasmes. Et elle continue d’en nourrir, aujourd’hui, avec l’affaire de la famille Troadec. Pour l’instant, les enquêteurs n’ont trouvé de traces ni de trésor, ni de comptes en Andorre ou à Monaco.

Publié dans Articles de Presse

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