Il pille la dépouille d’un soldat mort pendant la Première Guerre mondiale, la gendarmerie l’interpelle

Publié le par Samuel Cogez

Il pille la dépouille d’un soldat mort pendant la Première Guerre mondiale, la gendarmerie l’interpelle

Jeudi dernier, les gendarmes de la brigade de Vimy, appuyés par le Commonwealth, ont interpellé un homme de 56 ans résidant Cauchy-à-la-Tour. Il est soupçonné d’avoir découvert un soldat français mort pendant la Première Guerre mondiale et d’en avoir dépouillé le cadavre à Neuville-Saint-Vaast, à l’été 2016. Chez ce collectionneur, les enquêteurs ont découvert un petit musée.

La gendarmerie a mis les objets sous scellés.
La gendarmerie a mis les objets sous scellés.

La gendarmerie a mis les objets sous scellés.

C’est suite à un renseignement livré à la gendarmerie le 22 juillet 2016 que l’enquête est ouverte. Un collectionneur, équipé d’un détecteur de type « poêle », vient de découvrir le corps d’un soldat français au milieu d’un champ, situé au croisement des communes de Neuville-Saint-Vaast, Thélus et Écurie, au nord d’Arras. Là où des milliers de soldats se sont battus pour prendre la stratégique crête de Vimy.

La découverte d’ossements, soumise à déclaration, ne l’a pas empêché de dépouiller le cadavre, sans prévenir qui que ce soit, afin d’en tirer profit sur le site Internet de revente spécialisé Delcampe, présenté comme « la plus grande place de marché dédiée aux collectionneurs ». Une démarche totalement illégale, les objets appartenant au patrimoine historique, mais très répandue chez les collectionneurs.

Des ossements retrouvés, un soldat non-identifiable

La gendarmerie et le Commonwealth se déplacent alors dans le champ indiqué. «  On a découvert des ossements avec des effets de soldat : boutons, chevalière etc., qui appartiendraient à un soldat français d’après la cartouchière  », relate le lieutenant Martin, commandant de la brigade de gendarmerie de Vimy. Toutefois, impossible pour l’heure d’identifier le soldat, sa plaque d’identification n’ayant pas été retrouvée.

Le détecteur de métaux du collectionneur.

Le détecteur de métaux du collectionneur.

Les investigations se poursuivent pendant plusieurs mois. Elles permettent de découvrir que l’individu soupçonné, un habitant de Cauchy-à-la-Tour, âgé de 56 ans, vend une partie de ses trouvailles sur Internet. Comme des objets antiques, notamment des pièces de monnaie très recherchées comme des sesterces, vendus entre 200 € et 300 €. Mais surtout des effets personnels de soldats de la Première Guerre mondiale. Le collectionneur, qui passait les champs au détecteur de métaux depuis une trentaine d’années, a la particularité d’avoir déjà perdu un bras suite à l’explosion d’un obus au cours d’une fouille interdite.

L’intégralité du butin saisi par la gendarmerie.

L’intégralité du butin saisi par la gendarmerie.

Lors de cette perquisition, de très nombreux biens sont saisis. Une centaine de pièces, de nombreux effets militaires (boîtes de cigarettes, boutons, plaques d’identification de soldats, objets personnels divers), des poteries d’époque gallo-romaine, mais aussi des armes comme un couteau de soldat indien. Les jumelles du malheureux soldat français découvert à Neuville-Saint-Vaast sont aussi retrouvées. Un petit musée qui s’étale un peu partout dans la maison, selon la gendarmerie, du garage à la chambre en passant par un débarras.

5 000 € d’objets vendus

Au total, en un an, l’individu aurait vendu pour 5 000 € d’objets provenant des seules fouilles. Après avoir nié les évidences au début, il a fini par admettre les faits, mais se serait défendu en indiquant que c’était injuste car tout le monde le fait dans le milieu.

Dans l’attente d’une réponse pénale, conditionnée à la constitution de partie civile de la direction régionale des affaires culturelles (DRAC), le gardé à vue a été laissé libre. Les objets sont placés sous scellé et pourraient trouver un jour une place dans un musée, là où le souvenir des soldats tombés pendant la Première Guerre mondiale sera transmis dans le respect des morts.

Ce que dit la loi

Selon l’article L 541-1 du code du patrimoine, nul ne peut utiliser du matériel permettant la détection d’objets métalliques à l’effet de recherches de documents et objets pouvant intéresser la préhistoire, l’histoire, l’art ou l’archéologie sans autorisation administrative préalable. Dans les faits,

peu de contrôles sont effectués. Et très rares sont les autorisations données par l’ONAC où la Commonwealth War Graves Commission. Le code pénal prévoit des peines allant jusqu’à sept ans de prison et 100 000 € d’amende.

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