Chalvet de Récy Antoine

Publié le par Mémoires de Guerre

Antoine Chalvet de Récy, né le 20 mars 1913 à Paris et décédé le 31 octobre 1999 à Galluis, est un homme politique français.

Chalvet de Récy Antoine

Antoine Chalvet de Récy est au cœur de l'un des grands scandales de la Quatrième République : l'affaire des bons d'Arras. Fils de bonne famille, il est élevé au collège Stanislas, épouse Marie-Théobaldine de Mirabaud-Thorens, issue d'une grande famille de banque. Il est père de six enfants et châtelain d'Anzin-Saint-Aubin. Sorti de l'école d'officiers de Saumur en 1939, il se distingue par son courage en 1940, menant des opérations en avant des lignes. Il repart au combat, malgré de nombreuses blessures qui entraînent l'amputation d'un bras. Deux fois évadé, il passe successivement au Maroc, où il est l'aide de camp du général Giraud, puis à Tripoli, auprès du général Leclerc, enfin à Alger, où il est nommé aide de camp d’André Diethelm, ministre de la guerre du gouvernement provisoire. Organisateur des "commandos de France", parachuté sur l'hexagone afin de préparer le débarquement, il est reconnu à la Libération comme un héros de la France libre, décoré de la Légion d'honneur, de la médaille de la Résistance et de nombreuses distinctions étrangères.

C'est donc assez naturellement qu'il s'engage en politique derrière le général de Gaulle. Il organise la réunion des délégués provinciaux de l'Union gaulliste à Paris, le 4 octobre 1946. Puis il se présente aux élections législatives du 10 novembre 1946, dans la deuxième circonscription du Pas-de-Calais, en tête de la liste d'Union gaulliste et d'Union des républicains du Pas-de-Calais. Ayant fait campagne sur le slogan: "Voter Récy, c'est voter de Gaulle", sa liste recueille 61 730 voix sur 369 892 exprimés, soit 16,6 %, ce qui lui permet d'être élu député. Il est seul représentant de la droite dans une circonscription électorale très marquée à gauche, avec trois élus communistes, trois socialistes dont Guy Mollet, et deux démocrates-chrétiens (MRP).

Il devient ensuite conseiller municipal d'Arras (1947), puis conseiller général du canton d'Arras Nord (1949). Inscrit au groupe parlementaire de l'Union démocratique des indépendants, il est membre de la commission de la défense nationale (1946-1950) et de la commission des pensions (1948-1950). Le 27 décembre 1946, il est désigné pour les fonctions de juré à la Haute Cour de justice, puis nommé juge titulaire de cette même institution, le 11 mars 1947. Hormis deux propositions de loi réclamant la libéralisation de la production laitière, pour la première d’entre elles (6 août 1948), et relative à l’amnistie pour la seconde (22 septembre 1948), son activité parlementaire se réduit au strict minimum. Il intervient cependant à quatre reprises en séance. Comme rapporteur pour avis de la commission de la défense nationale, le 30 décembre 1947, il prend part à la discussion du projet de loi sur les crédits provisionnels pour les dépenses militaires (premier trimestre 1948). Le 24 juin 1948, il prend position en faveur de la liberté de vente des produits laitiers, à la suite d’incidents survenus dans son département, à Saint-Pol-d’Artois. Prisonnier de difficultés financières, il s'est lancé depuis 1945 dans des affaires plus ou moins douteuses, qui vont le conduire à sa perte.

A la fin du mois d'octobre 1949, la presse révèle les aveux d'Eugène Dupuis, caissier de la Trésorerie générale d'Arras, et accusé d'y avoir dérobé 1 000 bons, pour une valeur totale de 100 millions de francs. Si l'on en croit Dupuis, c'est Antoine de Récy qui a commandité le vol. Le 3 novembre 1949, l'Assemblée nationale doit se prononcer sur la levée de son immunité parlementaire. Le député communiste André Pierrard, rapporteur de la commission des immunités, énumère les chefs d'inculpation qui pèsent sur Récy (vol, violation de domicile, faux en écriture publique ou escroqueries) et souligne surtout les engagements gaullistes d'Antoine de Récy, rappelant qu'il a été secrétaire du groupe Union démocratique des indépendants, avant la naissance du Rassemblement du peuple français (RPF). Ce même 3 novembre, à la Chambre des députés, le député d'Arras prend part à la discussion des conclusions d’un rapport sur des demandes en autorisation de poursuites contre lui-même.

Il se prétend « innocent de tous les crimes effroyables » dont on l'accuse et « prêt à défendre jusqu'au bout l'honneur de mon nom, celui de mes parents, celui de mes enfants ». En dépit de ses dénégations, l'Assemblée nationale vote à la quasi-unanimité des suffrages, sauf trois, la levée de l’immunité parlementaire du député d'Arras (3 novembre 1949). Aussitôt incarcéré à la prison de la Santé, sa photo s'étale le lendemain à la une de tous les journaux. L'affaire connaîtra ensuite plusieurs rebondissements, avec l'assassinat du percepteur d'Arras (30 juillet 1950), puis la dépression du juge d'instruction chargé de l'enquête, affirmant avoir reçu des menaces de mort (27 août 1950). Ce n'est qu'à la douzième audience de son procès, le 24 mai 1952, devant la cour d'assises de Versailles, que Récy reconnaîtra enfin sa culpabilité dans l'affaire des bons d'Arras. Il écopera de dix ans de travaux forcés, 50 000 francs d'amende et dix ans d'interdiction de séjour. Il disparaît le 31 octobre 1999, à l’âge de 86 ans. 

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