Affaire Troadec. L'or volé de la rade de Brest ?

Publié le par Anne-Cécile Juillet

Affaire Troadec. L'or volé de la rade de Brest ?

Un « trésor », découvert par le père de Pascal et Lydie Troadec, dans un vieil immeuble de Recouvrance, à Brest : tel serait le mobile du quadruple assassinat. Et voilà que l'enquête criminelle se retrouve dans de nouveaux méandres et plonge dans l'un des épisodes brestois les plus romanesques de la Seconde Guerre mondiale.

Affaire Troadec. L'or volé de la rade de Brest ?

Pascal, Brigitte, Sébastien et Charlotte Troadec ont-ils été assassinés pour une sombre histoire de trésor familial ? Hubert Caouissin, le beau-frère de Pascal, l'affirme depuis sa garde à vue. Son obsession maladive pour ces « pièces d'or » risque fort, désormais, de devenir celle des enquêteurs.

La mère de Pascal et Lydie Troadec accrédite cette thèse : selon elle, il y a bel et bien un « trésor familial », constitué de pièces et de lingots d'or, trouvé en 2006 par son mari, dans un appartement du quartier de Recouvrance, qu'il était chargé de retaper. Ce plâtrier aurait découvert cet or, « volé peut être à la Banque de France » lors de la Seconde Guerre mondiale, déclare-t-elle. L'artisan les vole à son tour. Avant que son fils, Pascal se l'accapare peu de temps après la mort de son père, en 2010. Dans une interview au Parisien, la mère de ce dernier explique qu'il l'aurait ensuite placé dans plusieurs paradis fiscaux, en Andorre et à Monaco, s'assurant des compléments de revenus confortables jusqu'à la fin de ses jours. Charge désormais aux enquêteurs de dérouler cet écheveau, qui pourrait tenir de la légende familiale.

Mais à Brest, cette version des faits résonne avec une sonorité particulière, et l'histoire de la ville pourrait elle aussi accréditer la thèse du trésor de guerre.

Sauver l'or de la Banque de France

Pour le comprendre, il faut se replonger en 1940, au tout début de la Seconde Guerre mondiale. Dans le plus grand secret, alors que l'armée allemande avance à grand pas vers Paris, Lucien Lamoureux, alors ministre des Finances, décide d'évacuer l'or de la Banque de France vers l'étranger : une partie vers les États-Unis, une autre vers les Antilles, puis à Dakar, Kayes, Casablanca... L'or envoyé par des succursales de toute la France est mis en caisses pour les lingots, en sacoches pour les pièces, avant de remplir des wagons. Ainsi, du 30 mai au 14 juin 1940, soixante convois arrivent à Brest par chemin de fer. Au fur et à mesure de leur arrivée, les trains sont déchargés à dos d'homme, puis les colis sont mis dans des camions qui partent immédiatement pour le fort de Portzic, en attendant d'être chargés sur des bateaux pour rejoindre des latitudes plus tranquilles. En tout, 16.201 colis en caisses et sacoches, soit 736 tonnes d'or, sont entreposés dans la poudrière du fort.

50 kg tombés dans le port

Les Allemands se rapprochent, il faut vite les évacuer. Ainsi, le Pasteur appareille avec 213 tonnes d'or pour à la Royal Bank of Canada, à Ottawa. L'Émile Bertin évacue, lui, 200 autres tonnes. Au total, cinq navires quittent la rade de Brest.

Ainsi, le trésor national pourra être sauvé. Intégralement ? Quasiment. Seul un paquet de 50 kg n'aurait jamais été retrouvé, et pour cause : il serait tombé dans l'eau, entre le fort du Portzic et le quai de Laninon. Officiellement, il n'aurait jamais été retrouvé...

Est-ce cette page d'histoire qui vient s'achever, en partie peut-être, dans cette affaire criminelle hors normes ?

Hier, une source proche de l'enquête affirmait qu'une enquête patrimoniale est effectivement en cours pour trouver une trace de ce « trésor ».

« Aujourd'hui, il n'y a aucune évidence », a expliqué cette source, appelant à la « prudence », d'autant qu'aucun montant n'a été communiqué. « On n'est que sur du déclaratif pour l'instant ».

Publié dans Articles de Presse

Commenter cet article