À Munich, un chef-d'œuvre de Kandinsky spolié par les nazis

Publié le par Elena Scappaticci

À Munich, un chef-d'œuvre de Kandinsky spolié par les nazis

La Vie colorée , célèbre toile de l'artiste russe Wassily Kandisky, exposée par le musée Lembachhaus depuis 1972, aurait été mise aux enchères par les nazis et bradée sans l'autorisation de ses propriétaires. Leurs descendants réclament sa restitution immédiate.

Le musée Lenbachhaus, consacré au mouvement du Cavalier Bleu, à Munich

Le musée Lenbachhaus, consacré au mouvement du Cavalier Bleu, à Munich

Une peinture de l'artiste russe Wassily Kandinsky, exposée à Munich, est actuellement au cœur d'une bataille judiciaire opposant le musée Lenbachhaus, mondialement connu pour sa collection d'œuvres du Cavalier Bleu, aux héritiers du collectionneur juif néerlandais Emanuel Lewenstein. Selon eux, La Vie colorée , l'un des derniers chefs-d'œuvre de la période expressionniste de Kandinsky, aurait été spoliée par les nazis quelques mois après l'invasion des Pays-Bas par l'armée allemande, en 1940.

Peint par Kandinsky en 1907, le tableau est acquis en 1927 par Emanuel Lewenstein.Trois ans après sa mort, La Vie colorée est prêté par sa veuve au Musée Stedelijik d'Amsterdam. Elle décède à son tour sans avoir jamais récupéré le tableau. En octobre 1940, l'œuvre de Kandinsky est soumise aux enchères à prix cassé par la maison de vente Frederik Muller & Co, à Amsterdam. Elle côtoie des dizaines d'autres œuvres provenant de collectionneurs de confession juive, parmi lesquels Jacques Goudstikker, le plus célèbre d'Amsterdam. 

Problème: à cette époque, les deux héritiers directs du couple, Robert et Wilhelmine, ne sont plus en Allemagne. Le premier vit au Mozambique depuis 1938, la seconde s'est réfugiée à New York pour fuir les persécutions nazies. La vente aux enchères du tableau aurait donc été commencée par le Musée Steldelijik sans leur autorisation.

    «Il est impossible qu'à cette époque, un collectionneur juif ait souhaité attirer l'attention sur lui ou sur sa collection d'art en l'exposant publiquement lors d'une vente aux enchères». Les descendants d'Emanuel Lewenstein 

Dans une procédure judiciaire engagée le 3 mars dernier contre la Bayerische Landesbank, propriétaire du tableau depuis 1972, les descendants de Robert et Wilhelmine affirment ainsi que le musée d'Amsterdam n'aurait été mandaté ni par Robert, ni par Wilhelmine, pour procéder à cette vente. Ils réclament désormais la restitution immédiate du tableau à leur famille. «Il est impossible qu'à cette époque, un collectionneur juif ait souhaité attirer l'attention sur lui ou sur sa collection d'art en l'exposant publiquement lors d'une vente aux enchères», argue les descendants d'Emanuel Lewenstein.

Les héritiers du collectionneur sont conseillés dans leur démarche par James Palmer, membre du cabinet Mondex, spécialisé dans la recherche d'œuvres d'art spoliées aux juifs pendant la guerre. «Nous espérons que la Bayerische Landesbank, dont l'État de Bavière est propriétaire, va reconsidérer sa décision et rendre le tableau volé à la famille Lewenstein.» confie-t-il au quotidien britannique The Guardian.

Cette affaire intervient alors que le fils d'un ancien général SS a décidé, lui, de restituer au gouvernement polonais trois tableaux dérobés par sa famille au musée national de Cracovie, en 1939. Âgé de 78 ans, Horst Waechter, fils d'Otto Waechter, possède plusieurs centaines d'objets volés par sa mère, qui fut chargée de la décoration des bureaux de plusieurs dignitaires nazis pendant toute la durée du IIIe Reich. Seuls trois de ces œuvres d'arts seront restituées à la Pologne: le tableau d'un palais, une carte de la Pologne datée du XVIIIe siècle et une gravure de Cracovie.

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