Duterte Rodrigo

Publié le par Mémoires de Guerre

Rodrigo Duterte, dit Rody Duterte, surnommé Digong, né le 28 mars 1945 à Maasin, est un avocat et homme d'État philippin, membre du Parti démocratique philippin - Pouvoir populaire (PDP-Laban). Il est président de la République depuis le 30 juin 2016.

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Fils de l'avocat et homme politique Vicente G. Duterte et de Soledad Roa, Rodrigo Duterte est diplômé en science politique du Lyceum de l'université des Philippines à Manille en 1968. Reçu à l'examen d'avocat en 1972, il travaille par la suite au bureau du procureur de la ville de Davao, dans le Sud des Philippines, entre 1977 et 1986. Il est aussi spécialiste de l'histoire du droit des Philippines au temps de la colonisation espagnole du pays, avant 1898, et lui-même parle espagnol. Il sait aussi parler couramment tagalog, sa langue maternelle, le filipino, et l'anglais. Après la révolution de février 1986, qui chasse le dictateur Ferdinand Marcos du pouvoir, il est nommé vice-maire de Davao, avant d'être élu maire en 1988 et de le demeurer pendant dix ans. Il est de nouveau élu en 2001, puis réélu en 2004 et 2007 et occupe la fonction jusqu'en 2010, date à laquelle il est remplacé par sa fille, Sara Duterte-Carpio. Enfin en 2013, il est une nouvelle fois élu maire, fonction qu'il conserve jusqu'à son élection à la présidence du pays.

Il est le premier maire à nommer des représentants des minorités musulmanes et lumads parmi ses adjoints. Il publie également une ordonnance prohibant les discriminations antimusulmanes. Populaire au niveau local grâce au succès de sa politique de tolérance zéro à l'égard des criminels, le magazine Time l'a surnommé le « Punisher ». En l'espace de 20 ans, Davao serait ainsi passée selon lui du statut de « capitale du crime » à « la ville la plus sure du monde ». Des données récentes de la police nationale des Philippines mettent cependant en lumière que Davao a pourtant la première place en nombre de meurtres, et la deuxième en nombre de viols aux Philippines (données brutes, non-proportionnées au nombre d'habitants). Il prend position en faveur du maintien des écoles communautaires indigènes que le gouvernement envisageait de supprimer. Le poste de ministre de l'Intérieur lui a été proposé à quatre reprises, mais il a décliné l'offre à chaque fois. Rodrigo Duterte a été incité également à se présenter à l'élection présidentielle à sept reprises.

Candidat à l'élection présidentielle de 2016, il est élu le 9 mai et entre en fonction le 30 juin 2016. En quelques mois, sa popularité s'envole pour recueillir 76 % d'opinion favorable. Rodrigo Duterte défend une approche pacifique quant à la résolution des conflits armés aux Philippines, qui se traduit rapidement par une proposition de négociations de paix faite à la guérilla communiste de la Nouvelle armée du peuple, qui y répond favorablement, et aux séparatistes musulmans du Front moro islamique de libération. On estime qu'après seulement 4 mois de présidence, « Rody » a déjà couvert l'exécution sommaire d'au moins 3 700 personnes dans le cadre de sa campagne contre les narcotrafiquants. Après 6 mois (en janvier 2017), les estimations font état de 2 000 victimes directes de la police (exécutions sans procès) et d'au moins 5 000 par des milices diverses. Suite à l'enlèvement puis au meurtre d'un homme d'affaires coréen par des policiers corrompus, Duterte annonce doubler sa croisade contre la drogue d'une autre contre les policiers corrompus, avec cette phrase choc : « Vous, les policiers, vous êtes les plus corrompus. Vous êtes corrompus jusqu'à la moelle. C'est dans votre sang ». Il a ensuite enjoint les responsables à se rendre, sous peine de voir leur tête mise à prix. Les enquêtes concernant les affaires de drogues sont désormais confiées à l'agence antidrogue philippine.

Il annonce pour l'année 2017 une importante hausse du budget consacré par l’État à l'entretien des infrastructures publiques, notamment pour rénover et développer le réseau routier, les bâtiments scolaires et les hôpitaux. Alors qu'un traité de défense existe entre les Philippines et les États-Unis depuis 1951, renforcé en 2014, Rodrigo Duterte souhaite se détourner de l'allié traditionnel américain pour se rapprocher de la Chine. En septembre 2016, il ordonne ainsi aux forces spéciales américaines épaulant l'armée philippine dans la lutte contre les rebelles islamistes de quitter le sud de l'archipel et, dans un contexte de tension entre les Philippines et la République populaire en mer de Chine, joue l'apaisement en annonçant que ses navires ne patrouilleront plus aux côtés de la flotte américaine (qui jusque là était érigée en protecteur des Philippines face à la Chine). À noter que déjà en 1992, les Américains avaient dû quitter leur base navale de la baie de Subic. Toutefois, le caractère du nouveau président ne le rendrait pas selon le quotidien chinois Global Times « facile à utiliser ».

Rodrigo Duterte s'engage en faveur de la transparence des pouvoirs publics aux Philippines en signant un décret permettant à chaque citoyen d’accéder aux archives gouvernementales. Sa décision est saluée par les acteurs de l’information. En janvier 2017, sa proposition de rendre gratuitement accessible la pilule contraceptive aux femmes économiquement démunies est saluée par les associations de défense des droits des femmes. Les universités publiques sont rendues gratuitement accessibles et un système de couverture maladie est bâti afin de permettre aux plus pauvres de bénéficier des soins élémentaires et d'obtenir gratuitement certains médicaments. Rodrigo Duterte crée la polémique par sa démagogie, son vocabulaire et ses allusions machistes. Il soutient les droits des homosexuels, position singulière dans un pays encore fortement influencé par la religion. Il est accusé d'avoir participé à des escadrons de la mort à Davao dans lesquels plus de 1 000 personnes ont été tuées durant les années 1990 (selon l'association Human Rights Watch, jusqu'à 1 700 selon le Canard Enchaîné). Face aux médias philippins, il ne nie pas avoir déjà commis des meurtres. En 2009, il déclarait même : « Si vous exercez une activité illégale dans ma ville, si vous êtes un criminel ou un gangster qui s'en prend aux innocents, tant que je suis maire, vous êtes une cible légitime d'assassinat », puis lors de la campagne présidentielle de 2016 : « Vous, les dealers, les braqueurs et les vauriens, vous feriez mieux de partir. Parce que je vais vous tuer. ». En décembre 2016, il affirme « avoir personnellement tué des criminels présumés à l'époque où il était maire de Davao, afin de montrer l'exemple à la police. » Le 27 décembre 2016, il prétend avoir jeté un homme d'un hélicoptère : « Si vous êtes corrompus, j'irai vous chercher en hélicoptère à Manille et je vous jetterai dans le vide. Je l'ai déjà fait, pourquoi ne pas recommencer? »

Il se dit prêt à se rendre en motomarine sur les îles disputées entre les Philippines et la Chine pour y planter un drapeau philippin. Cependant, en octobre 2016 il change complètement de politique et proclame aux Chinois « Je me suis réaligné sur votre mouvance idéologique, je vais me rendre aussi en Russie pour parler à Poutine et lui dire qu'on est trois contre le reste du monde ». Il est également accusé de sexisme pour avoir affirmé qu'il avait trois maîtresses en plus de sa seconde épouse (il a été marié une première fois durant 27 ans), et pour avoir justifié le viol (suivi d'un meurtre) d'une missionnaire australienne en 1989 dans sa ville, en déclarant : « J'ai vu son visage et je me suis dit Putain, quel dommage ! Ils l'ont violée, ils ont tous attendu leur tour. J'étais en colère qu'ils l'aient violée, mais elle était si belle. Je me suis dit le maire aurait pu passer en premier. ». Il se revendique lui-même comme dictateur, n'hésitant pas à affirmer qu'il se passera du Congrès au cas où celui-ci l'empêcherait de mener à bien ses projets. Particulièrement hostile aux narco-trafiquants, il ordonne dès son élection qu'ils soient mis derrière les barreaux ou tués. Il demande également aux citoyens philippins de sortir dans les rues pour tuer les trafiquants. Un mois après son élection, plus de 110 personnes liées au trafic de drogue ont été tuées et au moins 60 000 se sont rendues. 300 kg de méthamphétamine ont été saisis. Duterte déclare souhaiter que 100 000 personnes soient tuées dans ce nettoyage.

Il a qualifié l’ambassadeur américain d'« homosexuel » et l'a aussi insulté en lançant que c'est « un fils de pute. Il m’a vraiment agacé ». Après avoir pesté contre les embouteillages à Manille provoqué par la venue du pape François en visite officielle, il aurait traité le souverain pontife de « fils de pute ». En 2016, il qualifie également le président américain Barack Obama de « fils de pute ». L'expression n'est cependant aux Philippines qu'une exclamation d’agacement, et n'a pas la connotation injurieuse et personnelle qu'elle revêt dans les pays occidentaux. Rodrigo Duterte s'était exprimé ainsi en réaction à une question d'un journaliste sur les droits de l'homme, ajoutant notamment que les États-Unis avaient massacré des centaines de milliers de Philippins et usé des techniques cruelles lors de l'invasion des années 1899-1902, et n'avaient de ce fait aucune leçon à donner en la matière. Quelques jours plus tard il s'en prend à l'Union européenne dont les responsables s'inquiètent de la façon dont il mène sa campagne contre la criminalité et leur demande d'aller se « faire foutre ». Il accuse également la France et le Royaume-Uni d'hypocrisie et affirme que les ancêtres des députés européens ont tué « des milliers d'Arabes » et autres peuples tout en accompagnant ses déclarations d'un doigt d'honneur. Après avoir fait un parallèle entre sa campagne anti-drogues et la politique d'extermination des Juifs par Adolf HitlerHitler a massacré trois millions de Juifs. Bon, il y a trois millions de drogués (aux Philippines). Je serais heureux de les massacrer »), il s'excuse, ses propos ayant suscité des critiques d'Israël, des États-Unis et du Congrès juif mondial. Parmi ses autres influences, il assure notamment vouloir « partir à la retraite avec la réputation d'Amin Dada » (responsable de 300 000 morts en Ouganda), et déclare souhaiter réhabiliter la mémoire du dictateur philippin Ferdinand Marcos.

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