Donald Trump : "The Queen is not amused"

Publié le par Le Point par Marc Roche

Donald Trump : "The Queen is not amused"

Il semble que Theresa May ait omis de demander à Buckingham s'il était opportun de rencontrer Donald Trump. Une invitation qui "embarrasse" le Palais.

Donald Trump : "The Queen is not amused"

L'Angleterre produit d'admirables diplomates d'une grande discrétion qui parcourent le monde les poches pleines de diphtongues et de répliques shakespeariennes. Ancien secrétaire général du Foreign Office, Lord Ricketts ne faillit pas à cette tradition. Pourtant, même celui qui fut ambassadeur britannique à Paris entre 2012 et 2016 semble avoir perdu l'art de l'understatement : « L'invitation de Donald Trump à effectuer une visite officielle au Royaume-Uni met la reine dans l'embarras », écrit le plénipotentiaire dans une lettre incendiaire publiée dans le Times du 31 janvier.

Lors de sa visite à Washington vendredi dernier, la Première ministre Theresa May avait convié Donald Trump à effectuer une visite d'État au Royaume-Uni. Dans l'esprit de l'occupante du 10 Downing Street, il s'agissait de se rapprocher du nouveau président américain dans la perspective du Brexit. Visiblement, le chef du gouvernement conservateur n'avait pas demandé l'avis du Palais de Buckingham.

S'il est une chose que déteste la souveraine, c'est d'être mise devant le fait accompli. L'organisation des visites d'État appartient à la prérogative royale. Or, à écouter Lord Ricketts, l'invitation adressée à Donald Trump est totalement « prématurée ». Comme le rappelle l'ex-ambassadeur, aucun chef d'État étranger n'est convié à effectuer une visite d'État au cours de sa première année au pouvoir. Au vu de la nouvelle législation sur les restrictions de l'immigration qui a provoqué un énorme tollé au Royaume-Uni, le pair du royaume se demande si « Donald Trump mérite bien pareil honneur… Il aurait mieux valu attendre de voir quel président il ferait ».

Un boycott du prince Charles

Officiellement, le Palais se refuse à tout commentaire, renvoyant les requêtes au 10 Downing Street. Mais en privé, selon une source informée, « la reine est mécontente d'être impliquée dans une affaire hautement politique ». « The Queen is not amused », comme avait coutume de dire sa trisaïeule, la reine Victoria.

La situation est particulièrement embarrassante pour Elizabeth II, âgée de 90 ans. De facto, le prince Charles exerce la régence du royaume. Or ce dernier, au nom de son combat en faveur de l'écologie, ne cache pas son hostilité à la politique du locataire de la Maison-Blanche en matière de défense de l'environnement. L'héritier au trône pourrait boycotter l'événement, comme il l'avait fait lors de la venue du président chinois, en octobre 2015, au nom de la défense du Tibet.

Certes, le long règne d'Elizabeth II a été émaillé d'incidents diplomatiques. La réception, en 1973, du dictateur roumain Nicolae Ceausescu et du président zaïrois Mobutu Sese Seko, en 1978, l'impolitesse à son encontre du roi Hassan II du Maroc en 1980 ou l'ivresse du président russe Boris Eltsine en 1994 avaient à l'époque défrayé la chronique royale.

Une « relation spéciale »

En revanche, les liens avec les présidents américains ont toujours été marqués d'une grande cordialité. La reine est très attachée à la « relation spéciale » entre le Royaume-Uni et les États-Unis. Atlantiste, elle a connu onze présidents américains. Elle a eu un énorme respect pour le débonnaire Truman. Son successeur, Eisenhower, artisan aux côtés de son père, de Churchill, de Montgomery et de De Gaulle de la victoire sur le nazisme, a une place particulière. En 1961, elle accueille avec éclat John Kennedy et son épouse, beaux, jeunes et au magnétisme hors du commun.

La reine, en revanche, se méfie de Lyndon Johnson, qui voulait que les soldats britanniques se joignent aux GI dans sa guerre vietnamienne. La descendante de George III, le souverain qui perdit l'Amérique, ne garde pas non plus un très bon souvenir de Nixon, qui rêvait, l'impudent, de marier sa fille Tricia au prince Charles. Si elle avait un grand respect pour Jimmy Carter, Ronald Reagan a été visiblement son président favori, comme l'attestent son séjour à Windsor et leur promenade à cheval dans le parc du château, point culminant de la visite officielle du chef de l'exécutif américain et de Nancy en juin 1982.

Ronald Reagan,et la raine à cheval en juin 2012

Ronald Reagan,et la raine à cheval en juin 2012

« Faire et se taire »

Son successeur, le patricien George Bush, soulève l'enthousiasme de la cour d'Angleterre. C'est un Wasp (white anglo-saxon protestant) grand chic, dont la fortune date de quelques générations déjà, sorti de Yale, héros de la guerre du Pacifique et fervent pratiquant. Bref, le prototype même de l'Américain fortuné de la côte est dont les Windsor se sentent naturellement proches. Lorsque Bill Clinton devient l'hôte de la Maison-Blanche, le fossé des générations se creuse. Ainsi Elizabeth doit-elle forcer sa nature pour poliment sourire aux blagues que lui raconte le président américain. Mais elle lui sera reconnaissante du rôle crucial qu'il a joué dans l'accord intervenu en 1998 en Irlande du Nord. Elizabeth II avait également apprécié Bush Junior et Barack Obama.

Au-delà de la polémique, Elizabeth II arborera son légendaire sourire en recevant le douzième président, Donald Trump, à Buckingham Palace. « Faire et se taire » est en effet sa devise.

Publié dans Articles de Presse

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