Nazisme

Publié le par Roger Cousin

Le nazisme (Nationalsozialismus) est une idéologie politique de troisième voie entre la droite et la gauche, qui se caractérise par son nationalisme, son racisme mais reprend également des éléments du socialisme. Le nazisme est l'idéologie qui domine l'Allemagne de 1933 à 1945, gouvernée par Adolf Hitler qui publie Mein Kampf en 1925.

Nazisme

Doctrine à la fois anticommuniste et collectiviste, le nazisme a constamment bafoué les droits de l'individu et a débouché sur la Seconde Guerre mondiale et l'extermination de groupes tels que les Juifs. Ce « bolchévisme national » (selon les mots du propagandiste nazi Joseph Goebbels), est un totalitarisme essentiellement raciste et anti-sémite. Le national-socialisme présente à la fois des caractéristiques de droite et de gauche. Il a les propriétés suivantes, traditionnellement plutôt de gauche : révolutionnaire, anti-élitiste (du moins les élites bourgeoise et traditionnelle), collectiviste, ce qui explique son "acclimatation" facile dans certains pays européens (régime de Vichy). 

Le rapprochement peut être poussé plus loin. Ludwig von Mises observait en 1944 que le nazisme avait appliqué la plupart des mesures préconisées par le Manifeste du Parti Communiste de Karl Marx et Friedrich Engels : «Huit des dix points (du Manifeste du Parti communiste de Marx et Engels) ont été exécutés par les nazis avec un radicalisme qui aurait enchanté Marx. Seuls deux points n'ont pas encore été complètement adoptés par les nazis, à savoir l'expropriation de la propriété foncière et l'affectation de la rente foncière aux dépenses de l’État (point n°1 du Manifeste) et l'abolition de l'héritage (point n°3). Cependant, leurs méthodes de taxation, leur planisme agricole et leur politique concernant la limitation des fermages vont chaque jour dans le sens du marxisme » — Ludwig von Mises, Omnipotent Government, The Rise of the Total State and Total War

Il faut noter qu'en allemand le terme Nationalsozialismus ne se traduit pas par « national-socialisme », mais par « socialisme national » ; le parti nazi est d'ailleurs le « Parti Socialiste National des Travailleurs Allemands ». Le NSDAP fut fondé avec des socialistes révolutionnaires, principalement Anton Drexler. Ce fait est rappelé par l'historien William Shirer (Le Troisième Reich, des origines à la chute). Le nazisme est souvent considéré, par erreur, comme une dictature davantage « capitaliste » que « socialiste », car la propriété privée des moyens de production ne fut pas abolie par les Nazis. En réalité, les conceptions nazies étaient sur ce plan-là proches de celles des bolcheviks : par exemple, dès le début du IIIe Reich, des commerçants furent déportés à Dachau parce qu'ils avaient augmenté leurs prix. Rien qu'à Munich, 200 personnes furent arrêtées en 1933, tandis que leurs commerces furent scellés et barrés d'un écriteau indiquant : « Magasin fermé sur ordre de la police pour cause d'augmentation des prix, propriétaire en détention provisoire à Dachau. »

Les conceptions économiques du nazisme étaient dans la droite ligne de celles du socialisme et du planisme : « Pour le dire clairement, nous avons bel et bien un programme économique. Le point n°13 de ce programme exige la nationalisation de toutes les entreprises d’utilité publique, ou en d'autres termes, la socialisation, ou ce que nous appelons ici le socialisme. Le principe fondamental du programme économique de mon parti doit être précisé clairement, et celui-ci est le principe d'autorité. Le bien-être de la communauté doit passer avant le bien-être de l'individu. L’État doit garder le contrôle. Chaque propriétaire doit se sentir comme un agent de l’État ; il est de son devoir de ne pas utiliser sa propriété au détriment de l’État ou de l'intérêt de ses compatriotes. » (Hitler, interview de 1931).

« Je ne suis pas seulement le vainqueur du marxisme. Si l’on dépouille cette doctrine de son dogmatisme judéo-talmudique, pour n’en garder que le but final, ce qu’elle contient de vues correctes et justes, on peut dire aussi que j’en suis le réalisateur. » (Hitler

Hitler déclarait à Hermann Rauschning en 1934 soulignant la parenté entre nazisme et communisme : «Ce n'est pas l'Allemagne qui va devenir bolchevique mais le bolchevisme qui se transformera en une sorte de national-socialisme. En plus il y a plus de liens qui nous unissent au bolchevisme que d'éléments qui nous en séparent. Il y a par-dessus tout, un vrai sentiment révolutionnaire, qui est vivant partout en Russie sauf là où il y a des Juifs marxistes. J'ai toujours fait la part des choses, et toujours enjoint que les anciens communistes soient admis dans le parti sans délai. Le petit-bourgeois socialiste et le chef syndical ne feront jamais un national-socialiste, mais le militant communiste, oui. » — Adolf Hitler

La parenté profonde du nazisme et du bolchevisme n'a pas grand chose à voir avec le marxisme théorique : question de l'égalité des hommes ou non, le nazisme étant par essence inégalitaire. C'est le nihilisme qui les rapproche : dans le communisme soviétique il y a camouflage des moyens par les fins, hommage du vice à la vertu tandis que le nazisme montre le plus clairement le type de l'idéologie bolchevique souligne Waldemar Gurian dans Bolshewismus als Weltgefahr (1935). Pour lui l'essence du bolchevisme n'est pas dans le marxisme mais dans la priorité absolue donné à l'ordre politique et au façonnement de la société. C'est dans ce sens qu'il faut comprendre la formule de Hitler qui peut paraître étrange : seul un bon communiste peut faire un bon national-socialiste. Les exemples de communistes devenus très proches des nazis ne manquent pas en France, y compris au sommet de l’État.

Même si la propriété privée ne fut pas abolie par les Nazis, Ludwig von Mises a montré que la propriété effective des moyens de production était aux mains du gouvernement allemand : « Il n'est pas nécessaire de s'attarder sur ce que les nazis avaient réalisé en ce domaine. Ils avaient réussi à éliminer entièrement de la conduite des entreprises la recherche du profit. L'entreprise libre avait disparu dans l'Allemagne nazie. Il n'y avait plus d'entrepreneurs. Ceux qui avaient été entrepreneurs étaient réduits au rôle de Betriebsführer (directeur d'établissement). Ils ne pouvaient diriger comme ils l'entendaient ; ils étaient tenus d'obéir sans réserve aux ordres venus du Bureau Central d'Organisation de la Production, le Reichswirtschaffsministerium, et des organismes qui lui étaient rattachés pour chaque branche et pour chaque région. L’État ne se contentait pas de fixer les prix et les taux d'intérêt à verser et à réclamer, le niveau de la production et les méthodes à utiliser pour la production ; il attribuait un revenu défini à tout directeur d'établissement, le transformant ainsi pratiquement en un fonctionnaire salarié. Pareil système n'avait, à part l'emploi de quelques termes, rien de commun avec le capitalisme et l'économie de marché. C'était simplement le socialisme de type allemand, la Zwangwirtschaff. Il ne différait du modèle russe, système de nationalisation intégrale, étendue à toutes les usines, que dans le domaine technique. Et c'était, évidemment, au même titre que le système russe, un type d'organisation sociale purement autoritaire. » — Ludwig von Mises, La Bureaucratie

Cela n'enlève rien à la responsabilité des grandes entreprises qui presque toutes ont collaboré avec enthousiasme avec les Nazis dès leur prise de pouvoir, sinon avant : Krupp, Thyssen, IG Farben, Messerschmidt, Porsche, etc, tandis que les entreprises aux mains des Juifs subissaient l'« aryanisation » (nom de la spoliation raciste d'alors). En dehors du domaine économique, le nazisme présente tous les traits du collectivisme de type nationaliste, et ceci dès le début : lois sur la famille, embrigadement dans les organisations de masse, espionnage et surveillance mutuels, règlementation des relations sexuelles, etc. Hayek souligne l'anti-individualisme propre au nazisme : « Le chef nazi qui a défini la révolution nationale-socialiste comme une Contre-Renaissance ne savait peut-être pas à quel point il disait vrai. Cette révolution a été l’acte essentiel de destruction d’une civilisation que l’homme édifiait depuis l’époque de la Renaissance et qui était avant tout individualiste. » — Friedrich Hayek,

La Route de la servitude. De nombreux rapprochements sont effectués entre le Communisme soviétique et le nazisme, les deux grands totalitarismes qui signèrent le Pacte Germano-Soviétique le 23 août 1939. Le SPD refusa de voter les pleins pouvoirs à Hitler contrairement au parti catholique du Zentrum, et les socialistes furent persécutés par les Nazis. Le nazisme était viscéralement antidémocratique. Quels que soient les rapprochements que l'on peut dresser, le nazisme était obsessionnellement anticommuniste et in fine l'essentiel des combats de la seconde guerre mondiale sont advenus à l'est entre URSS et Allemagne nazie. Enfin, si une branche des nazis étaient plutôt socialistes révolutionnaires - les SA - elle a été éliminée lors de la nuit des Longs Couteaux. Pour les libéraux, cependant, il y a une identité essentielle entre communisme et nazisme. Jean-François Revel rappelle dans un article "l'essentielle identité du fascisme rouge et du fascisme noir" () : Assassiner un groupe humain, quel qu'il soit, en fonction de ce qu'il est et non point en fonction de l'éventuelle culpabilité individuelle de ceux qui le composent, est un crime totalitaire dont l'essence est la même chez le nazi et chez le communiste. (...) une certaine gauche, plus nombreuse qu'on ne le croit, a besoin de penser que quiconque n'est pas socialiste est nazi. C'est pourquoi elle se bat aussi sauvagement pour interdire la constatation d'un truisme : l'essentielle identité du fascisme rouge et du fascisme noir. 

Nazisme

De nombreux textes idéologiques montrent que le nazisme est une variété de socialisme, y compris aux yeux des nazis eux-mêmes : Le national-socialisme est surtout à nos yeux l'antithèse du capitalisme international. Il entend instaurer le socialisme dont l'idée fut trahie par le marxisme, édifier une économie de type collectif gérée par la nation au profit de la nation, briser la domination de l'argent sur le travail, qui empêche l'épanouissement de l'âme d'un peuple et la constitution d'une véritable communauté populaire. (Strasser, Textes fondateurs du Front Noir). 

Nous sommes socialistes [...] nous sommes ennemis, ennemis mortels de l’actuel système économique capitaliste avec son exploitation de celui qui est économiquement faible, avec son injustice dans la redistribution, avec son inégalité des salaires [...] Nous sommes décidés à détruire ce système coûte que coûte [...] L’État bourgeois est arrivé à sa fin. Nous devons former une nouvelle Allemagne [...] Le futur, c’est la dictature de l’idée socialiste de l’État [...] être socialiste signifie soumettre le Je au Tu ; le socialisme signifie sacrifier la personnalité individuelle au Tout. (Joseph Goebbels

Au-delà de leur ressemblance formelle - nationalisme, militarisme, une certaine forme de collectivisme -, fascisme et nazisme diffèrent sur un certain nombre de points. Le fascisme est avant tout une doctrine de l'État (l’État prime sur l'individu et même sur le parti), tandis que le nazisme est un pangermanisme doublé d'une théorie raciale, avec des influences darwiniennes et scientistes : l’État n'est qu'un instrument au service de l'idéologie. Le peuple allemand, qui soutint Hitler jusqu'au bout, ignorait dans sa majorité les spécificités de l'idéologie nazie, et voyait Hitler d'abord comme celui qui l'avait délivré de l'humiliation du traité de Versailles de 1919. Certains historiens (tels Dominique Venner) présentent fascisme, nazisme et bolchevisme comme l'aboutissement d'un travail de sape du « virus » nationaliste et jacobin inoculé par la Révolution française, qui devait finir par anéantir au XXe siècle un ordre européen traditionnel fondé sur le droit (jus publicum europaeum), instauré par les traités de Westphalie (1648).

C'est Hjalmar Schacht, président de la Reichsbank (1924-1930 et 1933-1939) et ministre de l'Économie du Troisième Reich, qui trace la politique économique des Nazis. Cette politique se caractérise par les traits suivants:

  • mercantilisme
  • autarcie
  • développement de l'industrie de l'armement
  • politique de grands travaux, similaire au New Deal de Roosevelt à la même époque
  • augmentation de la masse monétaire et de la dette publique : le surendettement est la contrepartie de l'économie de plein emploi et de l'essor de l'industrie de l'armement. 

Le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale s'explique en grande partie par la situation économique devenue dramatique de l'Allemagne. Henry Hazlitt soulignait le triomphe des idées de Schacht après guerre : Si Schacht et ses camarades regardent le monde aujourd’hui, ils doivent se sentir consolés. D’un point de vue intellectuel, le « schachtisme » a conquis l’Europe. Le système de contrôle des prix, de contrôle des salaires, de contrôle des profits, de contrôle des taux, de contrôle des changes, de contrôle du commerce international, les traités bilatéraux, les rations, priorités, allocations et quotas, avec une autorisation spéciale demandée pour presque tout, une inflation monétaire grimpante, cachée et empêchée par ces outils, c’est le schachtisme. Et c’est le système que presque tous les pays d’Europe ont adopté. (Henry Hazlitt, Newsweek, 9 juin 1947) 

Une idée reçue souvent rencontrée, avancée par ceux qui confondent liberté et démocratie (ou qui n'ont à l'esprit comme seul modèle de démocratie que celui de la démocratie libérale), est que nazisme et démocratie sont aux antipodes l'un de l'autre, et que l'avènement du nazisme s'est nécessairement produit en contradiction avec toutes les règles de la démocratie. Or le nazisme est pour les libéraux, au même titre que les "démocraties" populaires socialistes du XXe siècle, l'exemple type qui illustre le concept de démocratie totalitaire, découlant de l'idée rousseauiste selon laquelle "le peuple a le droit de s'enchaîner lui-même". La chronologie de l'avènement du nazisme montre que celui-ci s'est imposé démocratiquement :

  • novembre 1932 : le parti national-socialiste (NSDAP) est en tête aux élections législatives avec 33,1 % des voix.
  • 30 janvier 1933 : Hitler est nommé chancelier par le président Hindenburg, conformément aux règles de la démocratie, en qualité de leader du parti remportant les élections législatives.
  • le 1er février, Hitler obtient d’Hindenburg la dissolution du Reichstag.
  • le NSDAP remporte les élections du 5 mars 1933 avec 17 millions de voix, soit 43,9 % des suffrages.
  • le 23 mars, grâce aux voix du Zentrum, le Reichstag vote la Loi des pleins pouvoirs qui accorde à Hitler les pouvoirs spéciaux pour quatre ans. Il peut désormais rédiger seul les lois, et celles-ci peuvent s'écarter de la constitution de Weimar (que Hitler ne se donnera même pas la peine d'abolir formellement).
  • en novembre 1933, le nouveau dictateur fait plébisciter sa politique : 95 % des votants approuvent le retrait de la Société des Nations et la liste unique du NSDAP au Reichstag fait 92 % des voix.
  • après la mort d’Hindenburg le 2 août 1934, en vertu de la constitution, le chancelier exerce temporairement les pouvoirs du président défunt. Le même jour, le Reichstag vote une loi de fusion des deux fonctions en une seule : Hitler devient Führer und Reichskanzler.
  • le plébiscite du 19 août 1934 (90 % de oui) achève de donner au Führer le pouvoir absolu.

On peut donc affirmer que, d'un bout à l'autre de ce processus, même si les libertés ont été complètement bafouées, la démocratie a été pleinement respectée (et d'ailleurs les historiens admettent que Hitler a bénéficié jusqu'au bout du soutien de la majorité du peuple allemand : démocratie à la fois dans la forme et dans la réalité d'une représentation majoritaire). Après l'échec du Putsch de la Brasserie (1923), Hitler resta convaincu qu'il ne pouvait obtenir le pouvoir par la force, d'où sa volonté d'arriver au pouvoir dans la légalité, par les élections, en luttant contre la démocratie parlementaire en utilisant les moyens de ce système. L'exemple du nazisme montre qu'on ne peut se contenter d'une définition de la démocratie comme "pouvoir du peuple" seulement ; il faut y adjoindre une composante libérale, un respect des libertés individuelles qui prévaut sur le pouvoir d'une majorité. 

Commenter cet article