Le Dernier Combat

Publié le par Michael Curtiz

Le Dernier Combat (Kid Galahad) est un film américain réalisé par Michael Curtiz, sorti en 1937. Incontestablement, au cinéma, la boxe est le sport roi ! Rien de très étonnant vu que c'est le sport dramatique par excellence ; un combat de gladiateurs modernes, un duel sans merci entre deux hommes dans un espace clos, une pièce de théâtre tragique rythmée par les rounds... Bien sûr, il y a tout ce qui se passe autour du ring, avec l'argent qui coule à flots et qui attire les crapules en tous genres...

Le cinéma ne pouvait que s’intéresser à ce théâtre des passions à travers quelques œuvres mythiques : "Champion" de Robson, "Gentleman Jim" de Walsh ou encore "Somebody Up There Likes Me" de Wise. Les œuvres de caractères ne manquent pas, et à côté d'elles, le "Kid Galahad" de Curtiz fait pâle figure. Car honnêtement, il n'y a pas grand-chose à retenir de ce métrage terriblement anodin tant il ne semble pas boxer dans la même catégorie que les œuvres précédemment citées. Le scenario, banal, oscille entre docu sur le milieu de la boxe, film noir et gentil mélodrame. Pire son personnage principal, le dénommé Kid Galahad, apparaît être bien trop inconsistant pour passionner les foules, d'autant plus qu'il est interprété par le très fadasse Wayne Morris. On est très loin des grands personnages incarnés par des acteurs, il est vrai, un peu plus talentueux (Kirk Douglas, Errol Flynn, Paul Newman...). Heureusement la réalisation de Curtiz nous emballe plutôt joliment cette histoire et les autres acteurs (Edward G. Robinson, Bette Davis et même Bogart dans un petit rôle) sont bons.

Le seul véritable intérêt de ce film réside dans sa description sombre et réaliste du monde de la boxe avec tout ce que cela suppose de petites magouilles et d'entourloupe en tous genres. Curtiz emprunte les codes qui feront la gloire du film noir pour renforcer l'impression de désenchantement qui entoure ce milieu ; à ce titre, les jeux de lumière contribuent à créer une atmosphère des plus singulières. Comme pour symboliser le sentiment de cruauté, il place au cœur de cet univers impitoyable la rivalité entre deux managers qui sont également de beaux salauds. Pour survivre entre les requins, il faut être requin soi-même, nous dit-il en substance. On devine assez vite que le personnage campé par Robinson est moins pourri que celui interprété par Bogey, mais malgré tout le tableau est troublant de réalisme : combats truqués, manipulations des médias, menaces, meurtres... Bien sur tout cela ressemble à du déjà-vu mais on y imagine que pour son époque (fin des années 30), Curtiz fait figure de précurseur !

Malheureusement, l'ambiance sombre et prenante du monde de la boxe est atténuée par la légèreté qui entoure le personnage de Kid Galahad et par la dimension mélodramatique qui prend progressivement de l'ampleur, jusqu'à occulter pratiquement tout le reste. Le film se résume alors en une banale romance, très fleur bleue, qui n'est pas des plus passionnantes. Et j'imagine que même pour les fans du genre, il sera difficile d'être emballé par un récit mettant aux prises un héros romantique aussi terne que cette truffe de Wayne Morris ! Non car là, c'est une flagrante erreur de casting ! Avec un autre acteur et un personnage moins benêt, Curtiz aurait pu nous passionner davantage pour une histoire aussi classique !

"Kid Galahad" se laisse malgré tout regarder pour sa description du monde de la boxe, saisissante de réalisme et annonciatrice de quelques chefs-d'œuvre ; et puis aussi pour le show de son duo vedette, Robinson- Bette Davis. Bogart n'est pas encore à sa période de gloire mais il est convaincant dans son rôle de personnage teigneux. Heureusement quelques années après, il retrouvera Curtiz pour l'un de ses plus beaux rôles. On notera que ce film a connu un remake avec Elvis Presley, "Un direct au cœur". Aucune idée de ce qu'il vaut mais au vu du synopsis, on imagine que le problème reste inchangé. "Kid Galahad" manque de consistance car la ligne directrice n'est pas clairement définie : film sur la boxe, film noir ou simple romance... Curtiz n'a pas tranché ; dommage, son film ne restera pas dans les mémoires.

Le Dernier Combat de Michael CurtizLe Dernier Combat de Michael Curtiz

Le Dernier Combat de Michael Curtiz

Fiche technique

  • Titre : Le Dernier Combat
  • Titre original : Kid Galahad
  • Réalisation : Michael Curtiz
  • Scénario : Seton I. Miller d'après une histoire de Francis Wallace
  • Production : Hal B. Wallis et Jack Warner
  • Société de production : Warner Bros. Pictures
  • Photographie : Tony Gaudio
  • Musique : M.K. Jerome et Jack Scholl
  • Direction artistique : Carl Jules Weyl
  • Costumes : Orry-Kelly
  • Montage : George Amy
  • Pays d'origine : États-Unis
  • Format : Noir et blanc - Son : Vitaphone
  • Genre : Policier
  • Durée : 102 minutes
  • Date de sortie : 29 mai 1937 (USA)

Distribution

  • Edward G. Robinson : Nick 'Nicky' Donati
  • Bette Davis : Louise 'Fluff' Phillips
  • Humphrey Bogart : Turkey Morgan
  • Wayne Morris : Ward 'Kid Galahad' Guisenberry
  • Jane Bryan : Marie Donati
  • Harry Carey : Silver Jackson
  • William Haade : Chuck McGraw
  • Soledad Jiménez : Mme Donati
  • Joe Cunningham : Joe Taylor
  • Ben Welden : Buzz Stevens
  • Joseph Crehan : Brady
  • Veda Ann Borg : 'La rouquine'
  • Frank Faylen : Barney
  • Kenneth Harlan (non-crédité) : Journaliste

Publié dans Films

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