Lelong Lucien

Publié le par Mémoires de Guerre

Lucien Lelong, né le 11 octobre 1889 à Paris 9e et décédé le 11 mai 1958 à Anglet, est un couturier français.

Nathalie Paley et Lelong Lucien
Nathalie Paley et Lelong Lucien
Nathalie Paley et Lelong Lucien
Nathalie Paley et Lelong Lucien
Nathalie Paley et Lelong Lucien

Nathalie Paley et Lelong Lucien

Fils de Arthur Camille Joseph Lelong et d'Éléonore Marie Lambelet, couturiers qui déménagent leur boutique de la rue Vignon en 1898, pour s'installer au 18 place de la Madeleine. Lucien voit le jour, l'année d'après. Ses parents ont une certaine notoriété et sont inscrits à la toute jeune Chambre Syndicale de la Couture, aux côtés des grands couturiers en renom  : Lanvin, Paquin, Poiret. Il effectue son service militaire au 4e Régiment de Hussards en 1909 et entre comme étudiant à l'École des Hautes études commerciales de 1911 à 1913. Il apprend le métier et aux côtés de son oncle, marchand de tissus, découvre les étoffes. Il redécore le salon d'essayage de ses parents tout en noir. Le 4 août 1914, il devait présenter sa première collection, mais le 2 aout il est mobilisé et part en première ligne au 2e Cuirassiers. Le 22 janvier 1915, il est nommé sous-lieutenant de réserve. Il est attaché à la mission française auprès de l'armée britannique. Le 24 mai 1917, il est grièvement blessé par un éclat d'obus et passera neuf mois à l'hôpital.

Il reprend les activités de la maison de couture familiale en 1918, et bien qu'elle soit restée ouverte, les caisses sont vides. La raison sociale est transformée en Lelong & Fried (du nom de son associé), en 1920, année qui voit la naissance de sa fille Nicole, dont il a épousé la mère Anne-Marie Audoy en 19191. En 1921, la maison devient Lucien Lelong. Les collections de 1921, 1922 et 1923 reçoivent un bon accueil de la presse et des clientes. Parmi les femmes en vue, certaines n'hésitent pas à poser pour ses toilettes dans les magazines : Simone de Caillavet, future femme d'André Maurois, la Comtesse de Chabannes, la princesse Galitzine (Marina Petrovna de Russie), la danseuse Georgia Graves. En 1924, il quitte le quartier de la Madeleine pour s'installer au 16, avenue Matignon et dépose les statuts de sa société de parfums. En 1925, il crée la silhouette « kinétique », ou encore « kinoptique » et « cinématique » ; c'est-à-dire d'une ligne souple, moderne, dynamique. Il fut le premier à imaginer, une dizaine d'années plus tard, le prêt à porter de luxe et à penser à l'unité d'une production[réf. nécessaire], du vêtement aux accessoires et aux parfums, considérant la mode autant dans sa dimension esthétique, qu'industrielle et commerciale. C'est la même année qu'il fait son premier voyage aux États-Unis. C'est un homme de petite taille, mince, un brun ténébreux aux yeux bleus qui vient conquérir l'Amérique.

Il participe à l'Exposition des Arts décoratifs et présente ses modèles dans le Pavillon de l'élégance sur des mannequins de Siegel. En 1926, il lance son trio de parfums A B C dans des flacons de René Lalique3. Un an après, il sort deux nouveaux parfums : J pour Jasmin et N pour Natalie, du prénom de Natalie Paley, princesse Romanov, qu'il épouse le 9 août 1927, soit à peine un mois après son divorce de sa première épouse. Cette union prend fin en 1937. De 1925 à 1950, il va lancera près de 40 parfums. Il avait ouvert une boutique rue Gardères à Biarritz, c'est là qu'il avait connaissance avec la famille Paley et que Natalie était devenue mannequin pour sa maison. En 1928, il inaugure une succursale pour ses parfums à Chicago.

En 1927, il rallonge ses modèles. En 1928, la taille est plus marquées. 1930 la taille remonte, il lance son parfum Passionnément. En 1933, il essaie les crêpe Rosalba et Phosphora et la viscose. Il habille dans ces années 1930 : Marlene Dietrich et Baba de Faucigny-Lucinge, deux amies de sa femme. Jean Ebel, est son modéliste durant ces années-là. En 1931, Natalie est à Venise et séduit Serge Lifar, puis en 1932, Jean Cocteau, qui va rencontrer Lucien Lelong pour qu'il la quitte afin de pouvoir l'épouser. Lelong ne le croit pas, Natalie reste en bons termes avec Lucien, mais s'installe dans un appartement du quartier des Invalides. Ils divorceront en 1937. Pour faire face à la crise, il lance en 1934 la première collection de prêt-à-porter de luxe  : la collection Édition comportant 80 modèles. Malheureusement il ne sera pas suivi, il a trente ans d'avance. Il fait refaire ses salons en 1935 par le décorateur Jean-Michel Frank et lance un nouveau parfum  : L'Indiscret dont le flacon a la forme d'un drapé de robe. Il reprendra plus tard ce modèle pour créer une robe. Les sculptures du luminaire sont de Diego Giacometti. Cette année-là, il participe à l'Exposition universelle de Bruxelles.

Il propose en 1937 un patron dans la revue Votre beauté et après la guerre des conseils dans Elle. Il devient Président de la Chambre Syndicale de la Haute Couture Parisienne (jusqu'en 1947), il a quarante huit ans. Le secrétaire général en est Daniel Gorin. Il pratique le yachting, collectionne les porcelaines chinoises, fume des Filtra. Ces mannequins sont de très jolies femmes parmi lesquelles Sophie, Sophie Vaillant, la future Madame Marcel Bleustein-Blanchet ; Lise Lalune, qui deviendra la directrice de ses salons, Hélène Bigotte, son mannequin favori depuis la fin des années 1920. Puis encore Galina, Genya, Ludmilla dite Lud, Mona, Tania. C'est à la fin des années trente qu'il se découvre une passion pour la sculpture et obtiendra un prix au Salon de 1938. La modéliste de l'époque est Nadine Robinson. Le marionnettiste Jacques Chesnais, demande à Lucien Lelong, Maggy Rouff, Schiaparelli et Jeanne Lanvin d'habiller ses 90 marionnettes qu'il veut présenter à l'étranger comme un défilé de mode. Lucien Lelong habille deux poupées l'une porte une longue jupe de satin rose pâle ornée de larmes de cristal, l'autre une jupe de tulle sombre rebrodé de paillettes bleu nuit. Elles furent présentées à Amsterdam mais la guerre éclata, le spectacle fut suspendu. Elles furent photographiées par Geiger puis Jacques Chesnais, en 1941, lui envoya un exemplaire de l'album. C'est la Guerre, mobilisé, il est exempté au bout d'une dizaine de jours. Il se fixe pour objectif de faire fonctionner malgré toutes les difficultés la Haute Couture parisienne, afin de sauver les emplois. Si cet objectif est atteint, cela permet aussi de protéger et faire perdurer le savoir-faire. C'est ainsi qu'il arrive à persuader les 150 acheteurs new-yorkais à venir voir les dernières collections en leur faisant prendre un bateau pour l'Italie d'où un train les conduit à Paris. Le 17 juin l'armistice est signé, Lelong est à Biarritz.

Rentré à Paris, les officiers allemands lui font savoir que les ouvriers et ouvrières parisiens doivent gagner Berlin et Vienne où ils devront enseigner la couture dans l'école qu'ils comptent ouvrir dans ces villes. Les ateliers de couture parisiens seront transférés à Berlin. Lelong refuse et les officiers l'invitent à aller exposer son point de vue à Berlin. Il y arrive avec le soutien de la Chambre syndicale et du ministre de la Production industrielle. Il obtient gain de cause et la restitution de ses archives. Il lance son parfum Mon Image en 1940. En 1941, il engage comme modélistes, à quelques semaines d'intervalle, Christian Dior, le 6 octobre 1941 et Pierre Balmain qui y avait travaillé avant guerre et qui revient le 1er décembre. Lancement d'un nouveau parfum : Elle. Elle.... Germaine Devaucou, 1er de l'atelier tailleur engage en octobre 1941, Christiane Lanteri 1re main, qui quittera la maison en avril 1946. Parmi les clientes : Michèle Morgan, Sophie Desmarets, Madame Paul Renard l'épouse du fromager, Greta Garbo, Colette, Jacqueline Delubac. Son modèle de sac en bois fut créé en 1941 et par la suite beaucoup copié. Le mannequin Janine Sagny-Marsay, qui deviendra plus tard Praline chez Pierre Balmain, est prise en amitié par les deux modélistes.

Il organise à Lyon en mars 1942 un défilé pour une vingtaine de couturiers avec un gala pour le Secours national avec dans le spectacle de danse Serge Lifar, afin d'obtenir les 200 laissez-passer nécessaires à cette expédition en zone libre, il participe à un déjeuner de la Table ronde (association pro-allemande). Il expose son problème à son voisin de table ; l'officier allemand les lui obtient. 350 professionnels, venus de tous les pays neutres furent invités et repartirent avec patrons et modèles. Les Allemands furieux interdisent la publicité à la haute Couture, surveillent les journaux de mode, restreignent les matières premières et réquisitionnent les ouvrières. C'est grâce à lui si la haute couture n'a pas sombré pendant l'occupation. Cependant un article du journal Ce soir daté du 22 septembre 1944 et signé Georgette Lavigne accuse Lelong et Gorin d'avoir été les dictateurs de la mode et même des collaborateurs, et qui ne tarde pas à faire du tort à Lucien Lelong qui est obligé la coquetterie des Françaises dans un article de Vogue[Quoi ?]. La Chambre syndicale rendra un brillant hommage à Lelong et à Gorin à cette occasion. Il sera traduit devant un tribunal et acquitté en 1945, la cour reconnaissant qu'il avait collaboré au minimum à la seule fin de préserver le patrimoine et l'emploi du personnel de la profession. Balmain le quitte en 1944, entraînant Juliette qui deviendra sa première d'atelier, puis Praline, et fonde sa maison l'année suivante.

Il effectuera une dernière mission aux États-Unis pour la Chambre syndicale et donnera sa démission le 5 novembre 1945. Celle-ci le nommera Président d'Honneur à vie. Il organise Le Théâtre de la Mode, mis en scène par Christian Bérard, chef éclairagiste : Boris Kochno, décors de Jean Cocteau, Louis Touchagues, Georges Wakhévitch. Les figurines en fil de fer sont de Éliane Bonabel, les bijoux sont de Van Cleef, les coiffures sont réalisées par 20 coiffeurs dont Alexandre. Une des poupées de Lucien Lelong porte le modèle Faïence. Cette exposition démarre au Musée des Arts décoratifs puis, Londres, Barcelone, Stockholm, et New-York, où elle triomphe. Hubert de Givenchy fera un court passage chez lui en 1946, avec deux autres modélistes Serge Guérin, avec lequel il ne s'entend pas très bien, et Serge Kogan. Il n'apprécie pas de devoir présenter ses modèles à ce qu'il appelle dans ses mémoires : Le Tribunal composé de Lucien et Nicole Lelong et de la baronne d'Aviliers. Christian Dior part à son tour en 1946, avec Raymonde Zunacker la directrice du studio, et qui deviendra son bras droit. Une jeune mannequin fait ses débuts en 1946 : Bettina. Sa fille Nicole arrête ses études de médecine pour travailler avec son père. Le 12 février 1947, il voit le triomphe du New Look et le triomphe de Christian Dior. En 1948 il présente sa collection inspirée par des modèles New Look, entouré de Robert Capa, de son personnel, et ses mannequins. Son parfum Orgueil sort en 1947.

Il concevait ses modèles comme des épures d'architecte, épousant le corps pour mieux le libérer. Ses drapés sont aussi fluides et sculpturaux – en quoi ils inspirèrent les plus grands photographes, de Horst P. Horst à Cecil Beaton en passant par George Hoynigen-Huene et Man Ray– que ceux d'une Madeleine Vionnet ou d'une Madame Grès. Pour raison de santé, il ferme sa maison en août 1948. Bien qu'épuisé, il décide de continuer les parfums au 6 place Vendôme, et lance en 1949 Cachet Bleu après les célèbres : Mélodie, Jabot, Sirocco, Murmure, Bois vert, Cachet, Plumes, Penthouse, Balalaïka, etc. Il se remarie pour la troisième fois en 1954, avec Sanda Dancovici, après avoir arrêté son activité en 1952. Ils vivent ensemble près de Biarritz sur la commune d'Anglet, au domaine de Courbois qu'ils restaurent à grands frais. Ils jouent au golf avec le duc de Windsor et donnent des réceptions au Domaine. Ils ont une fille, Christine, qui a gardé le souvenir de celles-ci. Il s'éteint d'une crise cardiaque dans la nuit du 11 mai 1958, six mois après Christian Dior. À ses funérailles, assiste Maurice Goudeket, le veuf de Colette, qui épousera la veuve de Lelong quelques mois plus tard.

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